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Disputes dans les couples au temps du confinement


Disputes dans les couples au temps du confinement

Etre confiné chez soi pendant trois semaines ou plus avec son amoureux ou son amoureuse, son copain, sa copine, son conjoint, sa conjointe ne devrait pas poser de problèmes.
Comment l’autre, dont la présence nous manquait tant dans la vie antérieure, pourrait-il devenir de trop ?

Pourtant, rien n’est simple. Nous avons vu que la satisfaction de nos besoins fondamentaux était rendue difficile par la situation de confinement, d’où le risque plus grand de disputes, suite à des conflits entre les besoins de l’un et ceux de l’autre.
L’impossibilité de sortir pour se changer les idées va aussi compter : les stratégies habituelles de désescalade dans les disputes ne sont plus disponibles. On parle déjà du nombre de divorces au sortir de la crise tout autant qu’on parle du nombre de naissances dans neuf mois !

Il importe donc d’identifier les situations à risque. Les problèmes peuvent venir des jeux psychologiques favoris de chacun.
Les jeux psychologiques sont des séquences comportementales complémentaires apprises dans l’enfance que nous reproduisons inconsciemment avec nos proches et dont nous sommes prisonniers. Ces disputes qu’ils entraînent peuvent être anodines (premier degré des jeux) ; elles peuvent déboucher sur une rupture (deuxième degré) ou sur la violence mortelle (troisième degré). D’où l’intérêt de les repérer afin d’éviter toute escalade. Sinon elles deviennent lourdement dommageables.

Parmi les jeux conjugaux[1], j’ai relevé trois modèles :
- celui de « Sans toi »,
- celui de « Ereinté(e) »
- et celui de « Coïncé ».

Dans le jeu de « Sans toi », la femme reproche à son mari de l’obliger à rester chez elle, alors qu’en fait elle a peur des rencontres sociales. Elle se plaint auprès de ses amies et passe pour la victime d’un tyran. Lui est terrifié à l’idée de rentrer un jour à la maison et de découvrir qu’elle est partie et qu’il est seul. Les deux personnes ont fait alliance en secret entre leurs états du moi Enfant.

Berne, en homme de son époque, nous propose le dialogue suivant au niveau social :
- Reste à la maison et occupe toi du ménage
- Sans toi j’aurais pu faire une carrière de concertiste


Avec, au niveau caché, un échange différent :
Tu dois toujours être à la maison quand j’y rentre. Je suis terrifié à l’idée que tu puisses m’abandonner
Je resterai à la maison si tu m’aides à éviter les situations dont j’ai peur 


La femme a donc épousé un homme autoritaire de façon à ce qu’il restreigne ses activités à elle, lui évitant de se mettre dans des situations qui l’effraient. Au lieu de lui manifester sa reconnaissance, elle se plaint des limitations, ce qui met son conjoint mal à l’aise. Son avantage est qu’elle peut jouer à « sans lui » avec ses amies. La femme rejette en fait sur son mari la responsabilité du choix qu’elle a fait en l’épousant. : « Ah si je ne t’avais pas épousé, je n’aurais pas renoncé à mon métier pour toi, je pourrais sortir et m’amuser  au lieu d’être cloitrée dans ma cuisine ! »

Il faut que le partenaire partage un peu de la culpabilité pour que ça marche. Le jeu est caractérisé par la mauvaise foi. En général les couples s’apparient pour des raisons de complémentarité, chacun entrant inconsciemment dans le jeu favori de l’autre.

Le mari peut être aussi dans le rôle de la victime qui se plaint. Nous ne sommes plus à l’époque de Berne ! A notre époque où nous sommes devenus sensibles à l’influence du fonctionnement resté patriarcal de la société, nous pouvons imaginer la situation inverse. Que de personnes talentueuses, effrayées par l’idée de ce qu’elles devraient faire si elles devaient réaliser leurs ambitions, se plaignent d’avoir un conjoint ou une conjointe autoritaire, trop esclave de ses copains de pêche ou de foot ou de sa chaleureuse parentèle pour aller vivre ailleurs !

Le jeu de « Coïncé » consiste à refuser avec hypocrisie de donner à l’autre ce qu’il veut et de faire comme si on l’ignorait. Voici la situation décrite par Berne : Madame Leblanc propose à monsieur Leblanc d’aller au cinéma. En général quand ils vont au cinéma ils font l’amour au retour. Mais cette fois une dispute éclate à propos de l’argent qu’il faudrait avoir pour repeindre la maison. Le résultat final c’est que Monsieur Leblanc claque la porte et va seul au cinéma et que sa femme se retrouve pleine de rancune. Au retour, il sera privé de sexe, mais elle aussi. La femme souhaite être « cajolée » selon le terme de Berne. Le mari voudrait qu’on reconnaisse son héroïsme pour subvenir aux besoins du ménage. Elle voudrait des caresses physiques ; lui des signes d’admiration. Chacun refuse de donner à l’autre ce qu’il espère, pour une raison quelconque.

Berne dit que la plupart des jeux conjugaux sont destinés à éviter l’intimité. En période de confinement, le choix d’un film à regarder ensemble peut faire l’affaire. Les corvées ménagères mal réparties jouant le rôle de l’argent qu’on n’a pas pour repeindre la maison. Les sources de frustrations nombreuses sont autant d’occasions pour hameçonner son (ou sa) partenaire.

Le jeu de « Ereintée » concerne les femmes surchargées de tâches, les ménagères qui font face à tout et sont bonnes pour le burn-out. Ces femmes se marient, dit Berne , avec le fantasme que leur mari a de sa propre mère qui faisait soi-disant tout parfaitement. Elles n’arrivent pas à renoncer à être parfaites ou à passer pour telles. Les conditions de vie modernes mettent les femmes plus en danger que les hommes. Il arrive que le mari tienne la maison quand sa femme travaille, mais est-il si fréquent qu’il le fasse en plus de son activité professionnelle ?

Les disputes de premier niveau réclament quelques remèdes de base : repérer les besoins de l’un et de l’autre, négocier la répartition de l’espace, du temps, se donner des signaux d’alerte, ne pas oublier de se dire des choses gentilles qui mettent de l’huile dans les rouages, chercher le plus possible à obtenir le consentement de l’autre. C’est un fonctionnement démocratique.

Dans le cas du jeu « Sans toi », il faut aller plus loin, connaître ses faiblesses, accepter la responsabilité de ses choix de vie et regarder les bons côtés de la situation.
Le jeu de
 « Coïncé » réclame aussi d’être honnête avec soi-même et avec l’autre : chacun connaît les points faibles de l’autre. S’abstenir d’appuyer sur ces points faibles est une bonne manifestation d’alliance. 
Quant au jeu
 « Ereinté(e) », je vous invite à écouter les féministes qui ont mis en évidence le poids des rôles genrés dans l’éducation des enfants. La négociation et la bonne humeur ont le pouvoir d’éviter l’escalade. Dans le cas contraires, les couples au sortir de la crise auront de la peine à se supporter et se sépareront ou pire auront atteint le troisième degré des jeux  à savoir la violence contre l’autre et /ou contre soi.

 A la prochaine fois :  les jeux de pouvoir au temps du confinement.

[1] Eric Berne : Des jeux et des hommes, Psychologie des relations humaines, Stock 1975

l'Analyse Transactionnelle comme ressource en situation de confinement

A l’invitation d’un collègue, la situation de confinement à la lumière de l’A.T.
Quand je me suis posé la question, j’ai tout de suite pensé aux besoins fondamentaux :  de stimulations, de signes de reconnaissance, de structure et de position.

Etre confiné seul ou à plusieurs dans son espace privé, c’est être empêché d’avoir accès aux moyens de satisfaire un grand nombre de besoins.
J’aborde dans une série de billets les réflexions que m’inspirent la situation et je commence par le besoin de structure et les trois éléments : espace, temps et groupe, puis le besoin de stimulations et de signes de reconnaissance, ainsi que le besoin de position.

Le besoin de structure concerne l’espace, le temps et le groupe.

L’espace

La construction de l’espace pour chacun se fait à partir de la naissance depuis le berceau, la poussette, la chambre d’ado, puis le logis des jeunes adultes et enfin l’appartement ou la maison où vit toute une famille. A l’extérieur l’espace est plus ou moins autorisé, limité pour certains et moins pour d’autres : les garçons vivent plus souvent à l’extérieur dans des groupes de copains; les filles sont plus facilement maintenues à la maison.
Les préceptes culturels le déterminent. Les adultes que nous sommes distinguent généralement l’espace public (et pour certains c’est le vaste monde!) et l’espace privé, ce dernier étant considéré comme devant être protégé des intrusions de l’extérieur, vécues comme des menaces. Nos comportements diffèrent selon que nous sommes dans l’espace public ou privé.

Dans l’abri de notre foyer nous nous sentons plus libres, à l’extérieur nous sommes plus contraints plus policés. Avec le confinement que devient le contrôle social ? Les proches risquent de pâtir de nos accès d’humeur.

En quoi le confinement nous perturbe-t-il ? Il supprime l’espace public ou du moins tout ce qui s’y faisait doit désormais tenir dans l’espace privé, y compris les parties de ballon avec les enfants, et tout ce qui est à extérieur devient menaçant. C’est la forêt des contes, lieu de vie, d’activités mais aussi de dangers redoutables. Avec le virus, c’est comme à la guerre, l’ennemi est là, dehors et il peut entrer.

Déjà les activités professionnelles étaient entrées dans le foyer avec l’ordinateur et le travail à distance, mais là, c’est tout l’espace privé qui se trouve occupé par des activités qui se faisaient jusque là à l’extérieur. C’est le repli obligatoire.

Il va falloir structurer cet espace pour des activités qui n’étaient pas prévues pour lui. En temps de catastrophe, les salles de sport deviennent des dortoirs et en Espagne, les patinoires sont devenues des annexes de la morgue. En temps d’épidémie, il faut rester chez soi.
Il va nous falloir gérer la peur, une peur justifiée et alimentée par ceux qui ont la parole officiellement et qui peinent à trouver le juste équilibre entre information et sensation.
Il va falloir gérer aussi la colère née de la frustration et gérer l’ennui. Certains de nous y sont mieux préparés car ils ont l’habitude de vivre seuls et s’occupent plus facilement. Mais le confinement qui est une contrainte réveille toutes sortes d’émotions angoisse et colères qui mettent fin à la fonction d’apaisement qu’assure habituellement le foyer. Il va falloir créer dans la maison des espaces dédiés à certaines activités, à certains moments.

Ce que l’AT nous apprend, c’est l’importance de structurer l’espace, la diversité des manières de le faire. Le but est de laisser à chacun une place suffisamment importante. Au revoir les amis, à demain !

Le temps et le groupe
Les six manières de structurer son temps ont chacune une place dans le groupe des personnes confinées. Mais selon la dimension du groupe elles s’avèreront plus ou moins utiles.
Pour une personne seule, le retrait est imposé, donc mal vécu. Dans un couple, comme il est difficile de vivre sans cesse sous le regard de l’autre, des moments d’isolement sont essentiels. A plus forte raison dans les groupes à partir de trois. On ne peut pas toujours se réfugier dans les toilettes quand on a besoin de tranquillité !

Les rituels sont essentiels. Ce sont eux qui nous relient au passé et à l’avenir : comment on procède le matin au lever, ce qu’on prend au petit déjeuner (je ne fais rien avant d’avoir bu mon café !), comment on se dit bonjour ou bonsoir.

Même chose pour l’activité. Chaque fois qu’on peut conserver ses rites, ses manies, c’est bien. En revanche les règles de mise à distance sont dures à suivre et à vivre : ne plus se faire la bise par exemple.

Le passe-temps est utile. C’est un automatisme de la conversation plutôt reposant. On n’a pas toujours envie de « se prendre la tête » comme disent les jeunes. Les conversations sérieuses peuvent laisser la place au bavardage.

Avec le travail et l’école à la maison, l’activité tient une grande place. Trop de place ? 
Professionnelle, elle exige un espace de travail contractualisé. Pensez à ce dessin humoristique que vous avez peut-être vu. Il représente la mère de famille au travail sur son ordinateur. Son mari et ses deux ados sont couchés au sol, muselés et ficelés pour ne pas la déranger.
Le commentaire : Deuxième journée de télétravail. Tout se passe à merveille ! 

Reste l’activité pédagogique, source potentielle de conflits : les parents découvrent assez vite que l’enseignement est un métier exigeant et difficile !

Dernier point : l’entretien de la maison d’autant plus nécessaire que l’on y vit à temps complet. Ceux et celles qui ne font jamais le ménage découvrent ses joies.

On pourrait penser que le temps passé au foyer par les membres de la famille permettrait d’approfondir les liens et de favoriser les moments d’intimité. Ce n’est pas forcément le cas. Au sens de proximité affective et de gestes tendres, elle est contrariée souvent par le regard des autres membres du groupe jaloux, moqueurs ou gênés.

A plus forte raison l’intimité sexuelle. Car si l’on prévoit un afflux de naissances dans neuf mois, c’est qu’on imagine bien que l’activité sexuelle continue malgré la présence du virus. L’intimité est donc contrariée par les conditions du confinement, comme le retrait. Il est difficile de s’isoler. Dans un couple, il n’est plus si facile de ne pas consentir. Il reste les partages d’intimité dans le groupe entier. Je pense aux films familiaux tournés dans l’enfance que l’on regarde 25 ans après, au plat favori que l’on déguste ensemble, aux fous rires.

Pour éviter l’intimité, on aura sans doute la tentation de se laisser aller à ses vieux démons et de s’adonner à ses jeux psychologiques favoris. Pour l’éviter, on aura plus que jamais besoin d’appliquer ce qu’on a appris à faire pour rester positif dans la vie. Bonne occasion de s’entraîner à huit clos à appliquer la régulation de groupe et la négociation. Les jeux ludiques sont aussi une ressource importante ainsi que la lecture et le visionnement de films dont on se plaît à discuter ensuite.

Que veut le peuple ? Du pain et des jeux disaient les romains. Les jeux ne manquent pas à notre époque pour ceux qui les apprécient.
Le monde extérieur cesse d’être une ressource ordinaire, provisoirement. En revanche il continue de nous apporter les derniers contacts extérieurs, avec le téléphone, les télé-réunions, les échanges avec nos amis et nos collègues ou notre famille sur ordinateurs. Nous sommes privés de contacts tactiles physiques, réduits à nos seules ressources. La ressource est en nous.

Les personnes isolées qui ont un cercle amical solide résisteront mieux car elles ont l’habitude d’aller chercher les signes de reconnaissance dont elles ont besoin. Les familles peuvent en revanche s’y entraîner à cette occasion. Vous pouvez utiliser aussi une application comme TOOBEE où vous choisissez chaque jour les affirmations particulières destinées à vous soutenir le moral. J’ai choisi aujourd’hui : « J’apprends de chaque expérience ». J’ajoute « J’accueille avec gratitude les cadeaux de la vie ». Penser aussi à « Je prends soin de moi .».

La structure du groupe est importante : une personne seule n’est pas un groupe, un couple non plus, même si une certaine hiérarchie peut exister en fonction des cultures. Les femmes sont plus à l’aise en général dans l’espace de leur foyer. C’est leur domaine. Les hommes beaucoup moins. C’est le monde extérieur qui est à eux. Ils risquent de s’y sentir en prison. Bonne occasion de vivre ce que vivent beaucoup de femmes. Avec la découverte du confort que représente un appartement propre et bien rangé, ils ont l’occasion de se demander comment elles réalisent ce miracle !

Dans une famille plus grande il y a les adultes et les enfants. Qu’ils soient petits ou adolescents a son importance. Les besoins sont différents. Chacun doit donc pouvoir trouver sa place et le respect de ses besoins. Tous les états du moi seront mobilisés !

Les besoins de stimulations, de signes de reconnaissance et de position.
Avec l’épidémie, nous sommes soumis à rude épreuve. Le confinement limite au maximum les contacts physiques alors que nous en avons un grand besoin. Les stimulations sensorielles sont diverses, mais tout ce qui concerne le toucher entre humains est proscrit car c’est ainsi que le virus se transmet. Pour éviter de se contaminer , on ne s’embrasse plus, on ne se serre plus la main et la zone de proximité ne doit plus être inférieure à un mètre cinquante. Il nous reste la vue, les sons, l’odorat, le goût (qui peuvent cependant être altérés par la maladie) et le toucher des objets : peluches, doudoux, fourrures, vêtements en cachemire ou en mohair, couvertures toute douces. L’exception importante est la présence de nos animaux de compagnie qu’on peut caresser, qui sont chauds, vivants et qui savent montrer leur affection.

Restent les stimulations intellectuelles, la lecture, la radio, les discussions avec les proches ou avec les connaissances qu’on se fait sur les réseaux sociaux, les jeux de société. Les ressources des personnes seules sont limitées avec la rareté des contacts humains. Pour le coup la solidarité à l’égard des personnes bloquées chez elles va devoir se déployer.

Le risque avec les signes de reconnaissance que l’on nomme aussi « caresses » et qui sont des stimulations symboliques serait de les contingenter comme s’ils devaient manquer, comme les pâtes, le riz et le papier toilettes. Or la source en est infinie comme les moyens que se donnent actuellement les Etats pour sortir de la pandémie et ménager l’avenir. Claude Steiner nous l’a bien dit dans « Le conte chaud et doux des chaudoudoux ».

Souhaitons que les femmes et les hommes découvrent l’usage intensif des chaudoudoux (conditionnels ou inconditionnels) et se détournent des froidpiquants ! Pour en recevoir, donnons-en, demandons-les et remercions pour ceux qu’on nous donne. Les grandes personnes ont bien besoin de réapprendre ce qu’elles pratiquaient dans leur enfance.
Quand ils sont inconditionnels ils ne doivent plus passer par les caresses physiques. C’est pour un temps seulement. Il passent par les mots comme ceux qui visent le comportement et qu’on nomme conditionnels. Profitons-en pour enrichir notre lexique de signes de reconnaissance. Faisons des concours comme on fait des concours de blagues !

Bien sûr il reste dans le secret des familles confinées les maltraitances envers les plus faibles, les colères, les coups. Le confinement aggrave ces comportements destructeurs et rend plus difficile d’apporter du secours. Et pourtant, il faut protéger les personnes fragilisées.

On accuse parfois les professionnels du bien-être et de la psychologie de développer un langage de bisousnours. Les analystes transactionnels savent bien que le mal existe, que la rage, la peur, le désespoir circulent et qu’ils font partie de notre humanité. Ils et elles veillent cependant à pacifier les relations et tentent le plus possible de se positionner par rapport à l’autre à égalité, dans une dynamique optimiste (position de vie ++).

Berne avec les positions de vie tripartites nous montre comment, dans ses discours et ses comportements, chacun se situe par rapport à l’autre et dans le même mouvement par rapport au monde. La position démocratique « Personne ne doit rester au bord du chemin » serait : MOI+, VOUS+, EUX+. 
La position cynique de quelques-uns disant : « De toute façon, des gens meurent tous les jours ; il n’y a rien à faire » serait MOI-, VOUS-, EUX-.
Les mouvements de solidarité sont l’expression de nos valeurs.

La prochaine fois j’aborderai la communication officielle et j’analyserai une transaction proposée par une lectrice.

La séduction, une zone grise

J’ai entendu des femmes exprimer la crainte que la dénonciation actuelle du harcèlement sexuel ne conduise, par ce qu’elles perçoivent comme des excès, à la fin de la séduction  « à la française ».

C’est pourquoi elles refusent l’étiquette de « féministes ». En revanche, elles sont d’accord pour dénoncer les retards et les décalages dans l’application de l’égalité des droits, ce qui est la définition même d’une position de féministe. Cela  s’explique par un déni très répandu de la réalité de la domination masculine dans notre société pourtant avancée. Ce déni est important chez les hommes qui confondent leurs privilèges avec l’effet de leurs qualités personnelles (ils sont plus forts, plus intelligents, plus aptes à commander..), mais il existe aussi chez les femmes (c’est normal parce qu’ils sont plus forts etc). Sans ce déni, on ne verrait pas tant de personnes tomber de haut en découvrant les si nombreux témoignages de harcèlement, se souvenant alors brusquement de tel ou tel événement déplaisant de leur vie, refoulé pour éviter le sentiment d’impuissance et la paralysie. En lisant les témoignages des femmes, il n’y aurait pas de prises de conscience aussi nombreuses. Si la parole des femmes se libère, c’est parce qu’elle a pu être partagée avec beaucoup d’autres femmes à partir du moment où des personnalités importantes comme les actrices, les journalistes, les militantes politiques ont osé dire ce qui ne pouvait pas l’être jusqu’alors sans risquer de voir leur réputation détruite, leur travail perdu et sans entendre accusations, dénigrement et ricanements.
 
La théorie selon laquelle, en France, la relation homme/femme serait toute de courtoisie et de complicité et propice aux relations amoureuses saines ne me paraît pas bien crédible en effet. Nous sommes là dans une zone grise, où l’on ne sait pas trop que croire tant les indices sont flous sur les intentions de chacun. C’est pourquoi je crois utile de regarder de près de quoi il s’agit quand on parle de séduction.
Qu’est-ce que séduire ? C’est  chercher à plaire, impulsion naturelle très partagée. La question suivante c’est : qu’est-ce qu’on cherche à obtenir de l’autre ? Cela peut être des stimulations physiques ou psychologiques, des marques d’attention ou des signes de reconnaissance qui nous font du bien, du plaisir, mais aussi du réconfort dans une mauvaise passe, du soutien dans un projet, des avantages, des faveurs…. Qu’est-ce qu’on promet  implicitement? A quoi est-ce qu’on  s’engage explicitement ? Toutes ces questions sont légitimes.
 
Dans les échanges de la séduction à orientation sexuelle, on dit que les hommes se risquent à faire une proposition quand ils ont perçu qu’ils en avaient reçu l’autorisation de la femme, cette autorisation étant donnée au niveau non verbal. Ce serait toujours la femme qui déciderait. Ne nous étonnons pas qu’il y ait beaucoup de malentendus .
 
Le problème, c’est ce qu’elle souhaite vraiment et ce qui la pousse :
 
-          Si c’est le simple désir de plaire, par exemple pour garder son travail ou pour créer une meilleure ambiance, le risque pour elle est de méconnaître la signification sociale donnée à son comportement. Vouloir plaire n’est  pas critiquable en soi. Encore faut-il être consciente de ce qu’on cherche : des compliments, des attentions, du réconfort après une épreuve, une réassurance, une réponse sexuelle ?
-          Si c’est susciter le désir sans se sentir pour autant obligée de le satisfaire afin de flatter son image, il vaut mieux mesurer les risques. Le cas est fréquent chez les ados qui testent leur féminité sur leur entourage. Les paroles, le comportement, l’habillement, tout compte. Mais leur âge est devenu une barrière éthique dans le jeu de la séduction quand elles visent des hommes qui ne sont pas de leur âge. Pour les femmes adultes, elles sont qualifiées le plus souvent d’allumeuses et d’aguicheuses par ceux qui avaient cru comprendre  que leur comportement impliquait une promesse. Savoir donc que les jeux de séduction impliquent ou non une promesse est important et que ceux qui y croient peuvent exprimer de la colère quand ils sont déçus. La promesse implicite peut concerner l’engagement. C’est le thème du film : « Séduite et abandonnée »
-          Entre adultes consentants, c’est « je veux, je ne veux pas » ; une sorte de test réciproque comme dans la danse où les corps vérifient qu’ils sont dans le même tempo. Rien n’est promis et tout peut l’être. Mais on reste dans le non-dit. C’est pourquoi je parle de zone grise : quand les situations dérapent il est facile de se réfugier derrière l’argument : elle était d’accord ! C’est elle qui m’a dragué ! Il m’avait promis. C’est un lâche !
 
L’accord explicité n’est pas encore complètement entré dans la culture de la drague, même si les applications sur internet permettent des rencontres clairement volontaires. La motivation de chacun n’est pas forcément claire non plus, d’où l’importance de chercher à identifier ses propres méconnaissances et de se poser la question de ses motivations :
-          Qu’est-ce que je cherche, au fond ?
-          Est-ce la bonne personne pour cela ?
-          Qu’est ce que l’autre veut ?
-          Qu’est ce que je ne veux pas ?
 
La dernière question est peut-être la plus importante. Séduire pour un homme en faisant pression montre le désir, qu’il juge parfois à tort valorisant pour l’autre, mais jusqu’où faire pression ? Séduire pour les femmes est un moyen d’obtenir un pouvoir qu’elles n’ont pas dans l’état actuel de la société. D’où la tentation de jouer ce jeu quand elles sont dans un rapport de dépendance à l’homme. Les images de la pratique de séduction que l’on trouve dans les films, les séries ne donnent–elles pas l’idée qu’un non n’est pas toujours vraiment un non ? D’où l’importance d’exprimer explicitement son consentement et son refus.  D’où aussi la conscience des risques à mélanger flirt et vie professionnelle. On est dans la zone entre séduction et pression. Les règles de déontologie sont alors un garde-fou dès qu’il existe un lien de subordination.
 
Avec les progrès espérés vers plus d’égalité, il est probable  que les relations de pouvoir entre les gens concerneront moins le genre et seulement les individus. Chacun apprendra comme il pourra à se débrouiller avec le pouvoir, le sien et celui des autres. Chacun devra continuer à « faire ses classes » pour apprendre à vivre dans le monde tel qu’il est.
 
Agnès Le Guernic
Janvier 2018

Face au harcèlement sexuel, comment font les femmes ? Elles se débrouillent !

Face au harcèlement sexuel, comment font les femmes ?

Le harcèlement sexuel est la manifestation la plus crue du sexisme, les autres étant les différences de droits : au travail (salaires plus bas et promotions plus rares, temps partiels plus fréquents), dans la vie politique (position en second sur les listes électives), dans la famille (familles monoparentales) et la vie amoureuse (la contraception à leur charge). Ces différences de droits tiennent à la société patriarcale et aux rapports de domination des hommes sur les femmes qui caractérisent celle-ci. Si les femmes et les hommes étaient perçus comme d’égale valeur et ne grandissaient pas dans un environnement qui leur fait trouver normale l’asymétrie de leurs droits, la question se poserait seulement en termes individuels de pouvoir et d’abus de pouvoir.
Alors que le harcèlement moral concerne toutes les personnes en position asymétrique, le harcèlement sexuel concerne exclusivement le sexe. Les actes de harcèlement visent à importuner les femmes, à les intimider pour obtenir d’elles des faveurs qu’elles ne sont pas prêtes à donner. Leur non est alors considéré comme un oui. La recherche du plaisir n’est pas en cause car le plaisir se donne dans un échange consenti alors que le harcèlement permet de jouir de la domination sur l’autre et d’un sentiment de toute puissance.  
Est-ce encore si fréquent dans nos sociétés si policées ? On croyait que non jusqu’à ce qu’éclate l’affaire Harvey Weinstein, ce producteur américain accusé de harcèlement et de viol par plusieurs actrices. L’existence des réseaux sociaux a rendu possible le déclenchement de révélations en chaine de la part de très nombreuses femmes qui grâce à leur anonymat ont pu révéler ce dont on ne parle pas. On connaissait cette réalité, pas son étendue. On a découvert que pratiquement toutes les femmes ont eu à se plaindre de harcèlement sexuel à un moment ou un autre de leur vie, soit de manière en apparence anodine, qu’on qualifie de « flirt lourdingue » ou de « drague importune », comme de se faire siffler dans la rue ou de s’y faire assaillir de propositions sexuelles explicites, soit  de manière gravissime (agressions et viol). Il s’agit dans tous les cas pour les harceleurs d’obtenir du sexe par la force ou la ruse avec la complicité de la société toute entière puisqu’elle leur assure l’impunité. Pire, ils pensent que c’est leur droit, que ce n’est pas grave, que c’est ce que désirent les femmes sans se l’avouer. Ils méconnaissent la gravité de leur comportement. C’est une des raisons pour laquelle il est si difficile pour leurs victimes d’obtenir réparation.

Le harcèlement sexuel, une affaire de pouvoir et d'abus de pouvoir

Le harcèlement sexuel, une affaire de pouvoir et de son abus

Claude Steiner, analyste transactionnel américain, dans son livre « L’autre face du pouvoir »[1], a décrit de manière très complète les rapports de force et de contrôle entre les personnes et proposé des stratégies pour les limiter et en sortir. Il s’intéresse en effet à l’aspect psychologique et sociétal de la domination sur l’autre et propose des solutions de résistance face à ce qu’il nomme « les jeux de pouvoir ». Ces jeux de pouvoir sont conscients, délibérés, appris dès l’enfance. Il s’agit de forcer l’autre, d’obtenir de lui quelque chose qu’il ne  donnerait pas même si on le demandait. Ceux qui détiennent un pouvoir font tout pour le garder, c’est pourquoi malgré les sérieux progrès obtenus par elles ces cinquante dernières années, « les femmes du monde entier  continuent à mener une vie sous le signe de la persécution, de la pauvreté et de la dégradation, situation inchangée au cours de siècles ». D’où l’importance de regarder de près comment ça fonctionne.
Sa grille d’identification peut être utile pour les victimes. Il distingue en effet plusieurs catégories dans l’exercice du pouvoir sur l’autre :
  1. le pouvoir physique qui s’exerce par le corps
  2. et le pouvoir psychologique qui passe par les mots.

Avec Emmanuel Macron, une nouvelle manière de parler en politique

Emmanuel Macron, un style très direct :

L’analyste transactionnelle que je suis trouve la manière de s’exprimer du Président de la république inhabituelle pour un homme politique. On avait l’habitude de la langue de bois, générale chez les hommes au pouvoir, avec dévalorisation systématique des adversaires. On est passé  à un style très direct, de type assertif, avec un parti pris de franchise  (Je dis ce que je pense) et la volonté de rester dans une dynamique positive (le respect du point de vue de l’interlocuteur).  Ce style est plus proche de celui du monde « psy ». C’est pourquoi j’ai voulu regarder de plus près comment l’analyser et saisir ressemblances et différences.

La relation avec les médias :

Les journalistes déroutés continuent de parler de « com ». Elle est qualifiée tantôt de « bonne com », tantôt de « mauvaise com ». Ils se demandent qui est le conseiller en communication, se situant spontanément dans le domaine du processus de construction d’image et de promotion politique. Ils se positionnent visiblement en position haute[1] quand ils parlent de bonne ou de mauvaise com, comme si c’était leur domaine d’expertise.

Au bout du conte

Ou le scénario de vie amoureux

Le sujet de son dernier film en tous cas est au cœur des préoccupations de l’analyse transactionnelle, Éric Berne, Fanita English et Steve Karpman ayant suffisamment montré les liens entre scénario de vie et contes traditionnels.
Le conte dont parle le titre du film, c’est le conte de fées qui  nous a été raconté et lu dans notre enfance et qui a contribué à construire entre autres notre représentation de la relation amoureuse. Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri nous parlent du conditionnement de la rencontre amoureuse, des chemins possibles, de l’infidélité, des déceptions, mais aussi de ce qui donne de la joie : l’amitié, l’entraide, les enfants.
  1. Le film s’intéresse à trois groupes de personnages :
  2. les enfants qui préparent un spectacle où ils joueront des personnages de contes de fées, sous la direction de la marraine-fée (Agnès Jaoui) ;
  3. les jeunes gens qui découvrent la séduction et l’amour ;
  4. les adultes et les parents qui connaissent la suite et les observent, certains avec cynisme, certains avec bienveillance.

Donner des permissions aux enfants

« L’heure du conte » à l’école maternelle

L’enfant de trois ans qui entre à l’école maternelle se retrouve dans un groupe de 25 à 30 enfants de son âge. Ce groupe est animé par un enseignant qui est souvent une femme. Cette période est centrée sur la vie de groupe, l’apprentissage du langage et l’entraînement  à s’exprimer, la préparation du corps et de l’esprit aux apprentissages ultérieurs. Elle est particulièrement favorable à la prévention.
Parmi les pratiques qui nous intéressent, la lecture de contes traditionnels aux enfants :
Les contes qu’on lit aux jeunes enfants dans la famille ou à l’école maternelle appartiennent à la tradition orale. Ils ont été transmis de génération en génération, de conteur en conteur et ils ont été transcrits aux 17e et 19e siècles.

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