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Échos de Louvain-la-Neuve

Quel est le sens d'être analyste transactionnel aujourd'hui ?
Je partagerai avec vous ce que j'ai retenu d'essentiel dans ces interventions, tout en faisant le lien avec mon expérience de formatrice, de superviseur et de coordinatrice des examens écrits pendant 10 ans, ainsi que de membre active de plusieurs associations d'analyse transactionnelle depuis trente ans.
Je place en premier la réflexion apportée par Marco Mazzetti, le président de la commission de certification de l'EATA sur les examens écrits de certification et la manière d'en améliorer la correction.
Être analyste transactionnel suppose en effet d'avoir réussi l'examen écrit et l'examen oral. Mais, alors que la formule de l'oral est considérée comme une réussite, l'examen écrit est souvent contesté.

Un problème de "communication" ?

En rentrant chez moi, je dépasse un couple sur le trottoir. La jeune fille disait d'un ton vif à son copain : « Si chaque fois que je te demande une clope, tu… ». Il a répondu : « Ce n'est pas ça ! C'est la manière ! »
Il avait mis le doigt sur ce qu'on appelle un problème de communication, la question de la manière.
Il n'y a pas « une bonne manière », ça non !, mais il y a des manières de s'adresser aux autres qui sont plus acceptables ou plus judicieuses ou plus efficaces selon les circonstances.
Il y a surtout que nous avons chacun notre manière ou nos manières de nous adresser aux autres. Nous n'avons pas conscience de ce qu'elles sont, parce que nous faisons ce que nous savons faire, c'est à dire ce que nous avons appris à faire, enfants. Nous avons besoin d'un guide pour comprendre, pour décoder la communication, pour en parler et éventuellement la modifier en fonction des personnes et des circonstances.

Qui va éteindre la lumière ?

Les groupes peuvent-ils fonctionner sans leader responsable ?

Lors de la conférence que j'ai donnée le 12 mars à la médiathèque de Tulle sur « les conflits au travail et à la maison », une personne m'a posé la question de la gestion des conflits dans des groupes qui ont décidé de fonctionner sans leader.
Je soutenais en effet que la responsabilité de régler les conflits dans le groupe appartenait au leader du groupe ((La structure d'un groupe de travail selon Berne comprend la zone des membres et la zone de leadership. La personne qui m'a interrogée nous a dit appartenir à un groupe de travail sans leader, ce qui pose autrement le problème de la responsabilité.)) et que toute intervention d'un membre pour le faire risquait d'entrainer une compétition avec le leader et de devenir une source de jeux psychologiques, d'où la nécessité pour les membres soit de s'abstenir, soit d'élaborer une stratégie prenant en compte la situation particulière, comme par exemple de faire alliance avec des collègues pour poser collectivement le problème afin qu'on ne puisse plus faire comme s'il n'existait pas.
Que se passe-t-il alors dans les groupes à fonctionnement coopératif qui ont décidé que tout le monde était responsable de tout ? D'où ma question : Qui éteint la lumière quand l'activité est terminée ? En général quelqu'un en est chargé et s'il oublie, c'est le leader qui le fait, c'est-à-dire la personne qui est responsable de l'atteinte par le groupe de son objectif et de la réalisation du contrat initial. Comme le capitaine d'un navire, il est le dernier à partir.

Contrôler l'autre

Le jeu de pouvoir ((Voir L'autre face du pouvoir, Desclée de Brouwer 1995)), concept développé par Claude Steiner, décrit avec précision les tentatives pour contrôler autrui. Elles passent par le corps (et visent à intimider), ou par le langage (et visent à séduire, à inspirer honte et culpabilité). Elles sont grossières et évidentes ou subtiles et presque indiscernables. Toutes passent par l'action sur autrui (actives) ou par la résistance à autrui (passives). Ces tentatives peuvent échouer ou réussir avec le risque dans ce cas d'installer une relation de pouvoir régulière entre les deux partenaires. Les rôles professionnels de commandement suscitent des relations entrainant facilement des jeux de pouvoir.
J'ai longuement développé dans mon livre " Sortir des conflits " ((Sortir des conflits, Méthode et outils pratiques avec l'analyse transactionnelle, InterEditions 2009)) ces différentes tentatives pour contrôler autrui et les stratégies pour résister, partant du principe qu'une relation quelle qu'elle soit ne s'installe qu'avec l'accord implicite des deux partenaires, sauf cas d'abus de faiblesse par personne exerçant l'autorité.
J'ai montré comment nous avons appris, enfants, de notre entourage, les différentes manières d'exercer le pouvoir en imitant les adultes en situation de pouvoir ou en leur résistant avec les stratégies des faibles, stratégies qui sont celles des comportements passifs et qui vont de « ne rien faire » à la violence contre l'autre ou contre soi-même (incapacitation).
Les lecteurs ont pu identifier s'ils appartenaient plutôt à la catégorie des joueurs naïfs, impulsifs, manipulateurs ou coopératifs.
Vignette de Conflits d'intérêts et conflit de pouvoir

Conflits d'intérêts et conflit de pouvoir

Un lecteur de mon livre « Sortir des conflits avec l'analyse transactionnelle » (Sortir des conflits avec l'analyse transactionnelle, InterEditions, mai 2009) m'a confié qu'il avait du mal à distinguer conflit d'intérêt et conflit de pouvoir quand ils se déroulent dans une entreprise, tant les personnes ont d'intérêt à obtenir du pouvoir.
Mon intérêt, peut consister à obtenir plus d'argent, plus de responsabilités, plus de prestige, plus de signes de reconnaissance de mon entourage. Mon intérêt, ce peut être aussi d'avoir plus de champ pour des initiatives, d'avoir davantage les mains libres, la maîtrise de mon temps, des gratifications de toutes sortes : voyages, cadeaux, ou encore de ne pas avoir à rendre de comptes à un supérieur.
L'intérêt pour l'un n'est pas l'intérêt pour l'autre ; il peut varier d'une période de vie à l'autre. L'intérêt, c'est concret, c'est négociable, c'est variable !

Osama

Le film du réalisateur Sedigh Barmak (2003, prix de la Caméra d'or au festival de Cannes de 2004) se passe à Kaboul au temps des Talibans. L'héroïne est une fillette de 11 /12 ans, Osama, qui est contrainte de se déguiser en garçon pour travailler en échange d'un peu de nourriture pour elle, sa mère et sa grand-mère. Son père est mort lors de la guerre contre les russes ; sa mère, médecin, ne peut plus exercer son métier car les Talibans interdisent aux femmes de sortir de leur maison. Elles ne peuvent ni travailler, ni mendier.
Osama se laisse faire, mais dès qu'elle est dehors, elle est en proie à la terreur d'être dévoilée, car le voile qu'elle rejette dès qu'elle le peut quand elle est en habit de fille, ne la protège plus quand elle est en habit de garçon, mais il lui colle au corps par son absence même.
Je n'ai jamais vu de film pareil : le visage d'Osama, toute son attitude corporelle traduisent la peur qui vire à la terreur au moindre regard un peu insistant. Les dangers sont constants : voisin qui sait que sa mère n'a qu'une fille, garçons auxquels elle doit se mêler lors des périodes d'embrigadement des jeunes garçons organisées par les Talibans, policiers ou responsables politiques et religieux qui surveillent la population. Le contrôle brutal des faits et gestes de chacun dans une société totalitaire est bien montré. La résistance est faible, toute opposition punie de mort sur la place publique. D'une certaine manière, ce film est un documentaire de la vie sous la charia.
La jeune actrice, Marina Golbahari, était mendiante à Kaboul quand le réalisateur, revenu en Afghanistan après des années d'exil, l'a remarquée et choisie pour le rôle. La fillette a grandi dans une société où la femme n'a pas le droit à l'espace extérieur, où sa seule place  se trouve à l'intérieur des murs de la maison, enfermée sous de lourds verrous. Tout son corps a intégré cette interdiction. Il est fascinant d'observer comment le corps des femmes intègre les interdictions sociales, comment ces interdictions se traduisent dans les postures repliées pour tenir le moins de place, les regards baissés pour ne pas rencontrer le regard de l'autre, la démarche apeurée, la marche frôlant les murs. C'est le scénario corporel féminin dans ces contrées, ce que Berne appelait le protocole et qui est activé en situation de danger. Osama aurait besoin d'audace. Sa mère qui est une femme d'action, débrouillarde, essaie de la stimuler. En vain ! Elle reste une enfant obéissante et terrorisée.

Sentiment parasite et éducation

L'éducation des sentiments se fait dans la famille entre deux et quatre ans, affirme Fanita English. Maintenant que l'école commence à accueillir des tout petits dès l'âge de deux ans, il serait intéressant de se pencher sur la façon dont les enfants apprennent les sentiments et sur les conclusions que l'on peut en tirer concernant l'éducation.
L'enfant apprend de ses parents à nommer les choses, les actions, à dire ce qui se passe en lui : ses désirs, ses besoins, ses émotions, ses sentiments. C'est là que joue le filtre familial car certains désirs et certains besoins ne sont pas reconnus par la famille, certaines émotions sont rejetées et considérées comme menaçantes, certains sentiments sont bannis. Or ils existent. En revanche, d'autres sentiments sont cultivés. Ils sont l'occasion de recevoir des signes de reconnaissance. Ce sont : la religion, la culture, mais aussi l'histoire familiale qui les déterminent. Les cris et les disputes ne sont-ils pas pour les uns signe de discorde et menace de violence, pour les autres, signe de vie, d'échange joyeux et sans contrainte ? F. English insiste sur le cheminement de l'émotion à l'action. Normalement, la personne ressent une émotion qu'elle identifie. Elle a le choix de l'exprimer par des mimiques, des gestes, des paroles, des cris ou des actes. Elle peut différer l'expression, l'atténuer ou y renoncer. C'est un vrai choix. Seuls les délinquants tirent le couteau à la moindre colère.
L'éducation joue à deux niveaux : identifier et nommer qui est une mise en ordre par le langage de la confusion du monde et ensuite voir quelles sont les options et décider de son action.
Je laisserai de côté les aspects plus techniques concernant l'apprentissage des règles de la communication et la nécessaire prise de conscience par l'enfant que "l'émetteur du message n'est pas récepteur", ce qui se concrétise dans les modifications de la personne du verbe. Le langage est un des moyens de construction d'un individu qui se définit progressivement comme distinct d'autrui. La difficulté de l'adulte, face un enfant, vient de ce qu'il considère les mécanismes du langage comme "évidents". De même pour les sentiments, chacun s'imagine que son identification ne pose de problèmes à personne. C'est le mérite de F. English d'avoir attiré notre attention sur ce point. Certaines personnes en effet dans une situation où l'on s'attendrait à leur voir exprimer de la colère, fondent en larmes et montrent de la tristesse. Quand d'autres ont peur, elles se mettent en colère. L'expression n'est pas adéquate. C'est comme si la personne ignorait son sentiment réel. Dans une situation de perte ou de deuil, on peut se lancer dans des activités qui sont de l'agitation plutôt que de se laisser ressentir la douleur, de l'accepter, de l'exprimer.
Vignette de Réussir avec l'école

Réussir avec l'école

Que savons-nous des conditions de la réussite scolaire dans un système de scolarisation de masse ?

Un établissement scolaire est une unité administrative, sociale et pédagogique. Son efficacité se mesurera à sa capacité à satisfaire les objectifs assignés en fonction des moyens disponibles.
L' objectif de l'établissement à un premier niveau est de garder les enfants pendant que les parents travaillent. À un deuxième niveau, il a

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