L’oignon et la loi de proxémique

Ce qui est caractéristique de l’oignon, dans le langage courant, ce sont ses pelures, c'est-à-dire sa structure en couches successives, ses frontières internes mineures concentriques, signe d’une organisation complexe, pour le dire en langage de Théorie organisationnelle de Berne.
Cette structure est représentative également des différentes strates de la proxémique, loi de communication peu consciente développée par Edward T. Hall, un des tenants de l’École de Palo Alto dans la dimension cachée[1]. Selon cette règle de communication interpersonnelle, la distance physique entre les personnes induit et conditionne la distance relationnelle, ou psychologique, et réciproquement. Il a déterminé 4 types de distance entre les personnes, chacune avec une structuration du temps particulière.
[1] E. T. Hall : La dimension cachée, Paris, Seuil, 1971
Cette structure est représentative également des différentes strates de la proxémique, loi de communication peu consciente développée par Edward T. Hall, un des tenants de l’École de Palo Alto dans la dimension cachée[1]. Selon cette règle de communication interpersonnelle, la distance physique entre les personnes induit et conditionne la distance relationnelle, ou psychologique, et réciproquement. Il a déterminé 4 types de distance entre les personnes, chacune avec une structuration du temps particulière.
[1] E. T. Hall : La dimension cachée, Paris, Seuil, 1971
Dans la distance publique l’autre est un symbole
La distance publique rapprochée, qui se situe en-deçà de 8 mètres, permet une information publique destinée à être entendue par un ensemble limité de personnes. C’est la distance adoptée dans une réunion, celle qui sépare le professeur de ses élèves. En fait, dès qu’une personne joue un rôle, dès qu’elle adopte un masque social, elle préfère tenir les autres à distance. Ainsi le regard ne dévisage plus, l’information est appauvrie, la communication est ramenée au discours rationnel. La relation est moins impliquante, plus contrôlable.
La distance publique lointaine, qui se situe au-delà de 8 mètres, réduit encore plus les possibilités d’interaction. Les gestes deviennent stylisés, plus symboliques, le contenu du message est valorisé et devient plus formalisé. C’est la distance adoptée pour un discours dans une réunion publique, celle du comédien sur la scène de théâtre. Ici l’interlocuteur est spectateur, récepteur, passif.
La distance publique lointaine, qui se situe au-delà de 8 mètres, réduit encore plus les possibilités d’interaction. Les gestes deviennent stylisés, plus symboliques, le contenu du message est valorisé et devient plus formalisé. C’est la distance adoptée pour un discours dans une réunion publique, celle du comédien sur la scène de théâtre. Ici l’interlocuteur est spectateur, récepteur, passif.
Dans la distance sociale, l’autre est une personne
Cette distance, qui se situe -à peu près- entre 1,20 à 2,40 m, permet une communication verbale sans contact physique. Elle est utilisée par toute personne qui doit communiquer avec un autre dans une situation sociale où l’échange est non personnel et peut être entendu par d’autres personnes. Le plus souvent une barrière matérielle comme une table, un guichet, etc., maintiendra les deux interlocuteurs à distance.
Dans la distance personnelle l’autre est une connaissance
Quand deux personnes se rencontrent dans la rue, elles s’arrêtent ordinairement à cette distance pour bavarder. Une certaine interaction et l’observation du comportement d’autrui y sont possibles. Les deux personnes peuvent encore se serrer la main et échanger à pleine voix sur des sujets assez neutres.
Cette distance est également soumise aux normes culturelles : par exemple, pour se saluer, une personne de culture japonaise et une autre de culture du Maghreb, par exemple, auront besoin d’une distance différente pour se saluer, ce qui risque, en cas de méconnaissance de cette loi de la proxémique, de générer des conflits : l’une se sentant « intrusée » dans son espace personnel, et l’autre se sentant rejetée, sans en connaître la cause.
Cette distance est également soumise aux normes culturelles : par exemple, pour se saluer, une personne de culture japonaise et une autre de culture du Maghreb, par exemple, auront besoin d’une distance différente pour se saluer, ce qui risque, en cas de méconnaissance de cette loi de la proxémique, de générer des conflits : l’une se sentant « intrusée » dans son espace personnel, et l’autre se sentant rejetée, sans en connaître la cause.
Dans la distance intime l’autre est un ami
Enfin, à cette distance, deux personnes peuvent se parler sur un ton confidentiel, les échanges sont émotionnellement riches et empreints de complicité ou de confiance réciproque, et le contact physique y est possible, sans que l’on en ressente de la gêne. L’intrusion non désirée dans cet espace intime déclenche un sentiment d’insécurité : si nous nous trouvons dans un ascenseur, un métro ou une foule, et qu’un inconnu pénètre dans cet espace, nous fuyons son regard, nous refusons la communication ou la vivons comme une agression.
La tour Eiffel ou les 6 modes de structuration du temps

Pourquoi évoquer la célèbre tour Eiffel pour illustrer les 6 modes de structuration du temps ? Tout simplement, parce que, dans les options pour éviter les jeux psychologiques, on préconise généralement de remonter jusqu’au passe-temps pour passer du côté positif de la structuration du temps et redescendre vers l’intimité.
De la même manière, pour passer d’un pied de la tour Eiffel à un autre, il faut remonter jusqu’au 1er ou 2e restaurant, et ensuite redescendre. Parfois une image vaut 1000 mots…
La structuration du temps, développée par Berne, permet de rentrer en communication avec les autres, selon 6 modes préexistants. Il s’agit d’étapes à dérouler, selon l’expression de Fanita English, pour arriver tranquillement à un degré de confiance qui permette de travailler dans la coopération.
De la même manière, pour passer d’un pied de la tour Eiffel à un autre, il faut remonter jusqu’au 1er ou 2e restaurant, et ensuite redescendre. Parfois une image vaut 1000 mots…
La structuration du temps, développée par Berne, permet de rentrer en communication avec les autres, selon 6 modes préexistants. Il s’agit d’étapes à dérouler, selon l’expression de Fanita English, pour arriver tranquillement à un degré de confiance qui permette de travailler dans la coopération.
Le Retrait
C’est un isolement physique ou mental. « Je suis dans ma pensée ». Je suis en réunion de service, par exemple, mais je suis en train de me demander quel dîner je vais préparer ce soir pour mes invités : « le gigot d’agneau à la menthe ou alors une quiche lorraine salade… ? » Le retrait permet de se ressourcer, de réfléchir, de se reposer, d’imaginer…
C’est ce que l’on observe, généralement, au début d’une formation, quand les gens ne se connaissent pas et que le formateur n’a pas encore « ouvert la séance ». Chacun s’occupe de ses affaires, lit ses papiers, consulte ses mails, farfouille dans son sac, etc., sans regarder les autres.
C’est ce que l’on observe, généralement, au début d’une formation, quand les gens ne se connaissent pas et que le formateur n’a pas encore « ouvert la séance ». Chacun s’occupe de ses affaires, lit ses papiers, consulte ses mails, farfouille dans son sac, etc., sans regarder les autres.
Le Rituel
C’est la première phase pour rentrer en relation une autre personne ou dans un groupe, selon des échanges culturellement codifiés et donc prévisibles. On se salue selon les codes admis dans ce groupe, qui peut être une famille, une association, une organisation, etc. On va se dire bonjour, d’un simple hochement de tête, d’un sourire, d’une poignée de main, d’un hug, d’une bise, de deux bises, de trois, de quatre… Le rituel permet donc de vérifier, de manière quasi automatique, que chacun fait bien partie, culturellement, du même groupe que moi. Pour les personnes un peu timides, le rituel permet de s’intégrer dans un groupe ou de commencer une relation par des contacts formalisés, sans prendre trop de risques, tout en étant accepté socialement.
Le Passe-temps
Ce sont des échanges verbaux informels, peu impliquants, sur des sujets d’ordre général, qui permettent de faire connaissance et de nourrir le besoin d’appartenance. Comme la question du temps, cher aux anglo-saxons, le bricolage, la lecture, la pratique du sport, les soldes, les recettes de cuisine, etc. Il permet de s’engager dans la relation tout en préservant son « jardin secret », de créer une bonne ambiance et détendre l’atmosphère, de mieux connaître le cadre de référence de l’autre et donc de faire partie du groupe.
Les Jeux Psychologiques
C’est l’art de mettre de l’énergie dans une relation et à tourner autour d’un problème, mais sans le résoudre. Ils permettent de se sentir vraiment appartenir à un groupe en en partageant les enjeux et en contribuant à en alimenter les conflits. Ils permettent également de tester l’autorité et la validité des règles et des procédures mises en place. Chacun y joue un rôle, en portant un masque social.
L'Intimité ou la Confiance
Elle est fondée sur la confiance réciproque entre les personnes. Chacun se sent la liberté d’être tel qu’en lui-même, sans faux semblant, car il se sentira accepté et écouté sans jugement : on y analyse les actes et non les personnes. Cela permet une communication libre, vivante et directe entre les personnes.
Dans cette étape nous communiquons de manière directe et spontanée.
Dans cette étape nous communiquons de manière directe et spontanée.
L'oignon et la Tour Eiffel
La distance physique entre les personnes conditionne et induit la distance relationnelle ou psychologique, et réciproquement.
Comme l’avait pressenti Stephen Karpman dans son article sur les contes de fées[1], il y a un lien étroit entre la distance physique, la distance relationnelle ou psychologique et la structuration du temps.
Selon Stephen Karpman, « Les renversements de lieu contribuent également à l’intensité de l’action dramatique. Le diagramme spatial les schématise en les ramenant à l’axe fondamental proche/lointain, chacune des deux régions se subdivisant suivant les axes fermé/ouvert et public/privé. »
[1] Stephen Karpman, « Contes de fées et analyse dramatique du scénario », AAT n°9, pp.7-11 et CAT vol. 2, pp. 68-72.
Comme l’avait pressenti Stephen Karpman dans son article sur les contes de fées[1], il y a un lien étroit entre la distance physique, la distance relationnelle ou psychologique et la structuration du temps.
Selon Stephen Karpman, « Les renversements de lieu contribuent également à l’intensité de l’action dramatique. Le diagramme spatial les schématise en les ramenant à l’axe fondamental proche/lointain, chacune des deux régions se subdivisant suivant les axes fermé/ouvert et public/privé. »
[1] Stephen Karpman, « Contes de fées et analyse dramatique du scénario », AAT n°9, pp.7-11 et CAT vol. 2, pp. 68-72.

• Dans une conférence ou un cours magistral en amphi, par exemple, les étudiants sont la plupart du temps en retrait, occupés soit à prendre des notes, soit, comme il arrive bien souvent au fond de l’amphi, à lire un roman ou surfer sur Internet et traiter ses mails.
• La distance sociale permet le rituel, comme on peut l’observer dans la relation entre une caissière de supermarché et les clients, séparés par la caisse, où l’on se contente poliment de dire « s’il vous plaît, bonjour, merci et au revoir », le SBAM, degré zéro de l’accueil du public, cher à certaines chaînes commerciales.
• La distance personnelle se ressent physiquement et dans la teneur des propos échangés, quand un bibliothécaire par exemple, quitte son siège à l’accueil, derrière sa banque de prêt, et accompagne les lecteurs dans les rayonnages : la relation est plus proche physiquement et psychiquement : spontanément, lecteur et bibliothécaire se mettent à échanger librement sur des lectures et sur la vie en général.
• Peut-être l’avez-vous déjà remarqué, mais quand des gens échangent des confidences (intimité) ou se mettent à dire du mal de quelqu’un (jeux psychologiques), instinctivement, ils se rapprochent.
Et donc avec un peu d’observation, on peut déduire, de la distance avec laquelle se tiennent les personnes, du niveau relationnel et du niveau des propos qu’ils échangent entre eux. De même qu’un formateur expérimenté peut déduire, de la posture de chacun et du volume sonore des échanges, si les stagiaires, occupés par des exercices en sous-groupe, sont toujours dans l’activité ou sont passés au passe-temps… ou au jeu psychologique.
• La distance sociale permet le rituel, comme on peut l’observer dans la relation entre une caissière de supermarché et les clients, séparés par la caisse, où l’on se contente poliment de dire « s’il vous plaît, bonjour, merci et au revoir », le SBAM, degré zéro de l’accueil du public, cher à certaines chaînes commerciales.
• La distance personnelle se ressent physiquement et dans la teneur des propos échangés, quand un bibliothécaire par exemple, quitte son siège à l’accueil, derrière sa banque de prêt, et accompagne les lecteurs dans les rayonnages : la relation est plus proche physiquement et psychiquement : spontanément, lecteur et bibliothécaire se mettent à échanger librement sur des lectures et sur la vie en général.
• Peut-être l’avez-vous déjà remarqué, mais quand des gens échangent des confidences (intimité) ou se mettent à dire du mal de quelqu’un (jeux psychologiques), instinctivement, ils se rapprochent.
Et donc avec un peu d’observation, on peut déduire, de la distance avec laquelle se tiennent les personnes, du niveau relationnel et du niveau des propos qu’ils échangent entre eux. De même qu’un formateur expérimenté peut déduire, de la posture de chacun et du volume sonore des échanges, si les stagiaires, occupés par des exercices en sous-groupe, sont toujours dans l’activité ou sont passés au passe-temps… ou au jeu psychologique.
Pour en savoir Plus...
Stephen Karpman, « Contes de fées et analyse dramatique du scénario », AAT n°9, pp. 7-11 et CAT vol. 2, pp. 68-72.
Edward T. Hall : La dimension cachée, Paris, Seuil, 1971
Edward T. Hall : La dimension cachée, Paris, Seuil, 1971
