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Pourquoi Mentir ?

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Mensonges défensifs et offensifs


Caroline, une petite fille de 3-4 ans, était fascinée par le tiroir à couture de sa mère, avec la boîte à boutons, qui faisait un bruit si alléchant, les fils de toutes les couleurs et surtout, surtout, les ciseaux en or, d’un beau jaune brillant, qui étaient pour elle un vrai trésor de pirate. Et un jour, interrompue dans sa contemplation par les pas d’un membre de sa famille, elle s’enfuit dans sa chambre en emportant les fameux ciseaux.
Sa mère quelques jours après, lui demande : « Caroline, est-ce toi qui a pris mes ciseaux ? » La petite, effrayée par la perspective d’une punition, ou simplement par la peur d’être prise en faute, cherche dans sa tête vite, vite, une explication plausible : « Non, c’est le Petit Jésus… » Elle était si parfaitement innocente que, si elle avait dit que c’était son frère qui l’avait pris, sa mère l’aurait cru.
Ce mensonge, qui fait sourire, est un mensonge défensif. Bien souvent, on ment, si le besoin s’en fait sentir, pour se protéger d’une intrusion, par peur de se voir découvert, pour éviter la honte de ses propres faiblesses exposées aux yeux de l’autre. Il est parfois intolérable, en effet, de voir exposées en pleine lumière ses propres « fautes », ses propres erreurs, ses propres imperfections, aux yeux des autres et à ses propres yeux.
Mentir est alors une manière de remettre ou de renforcer des frontières entre soi et l’autre, pour protéger son intégrité et ses fragilités. La honte, la faille narcissique que l’on évite ainsi a souvent plus d’importance que la peur de la punition.
En termes de comportements, l’inverse du mensonge défensif est le mensonge offensif, manipulatoire.
Pour se protéger, pour se sentir en sécurité chez soi, on va porter la guerre chez l’autre. C’est l’omission consciente d’informations utilises à l’autre, c’est la volonté plus ou moins avérée de contrôler l’autre, et même de nuire à l’autre, de l’enfoncer. La jouissance secrète et malsaine de prendre l’autre en défaut, et de le voir se trahir ou s’enferrer, dans un jeu de : « à menteur, menteur et demi ».
Une technique éprouvée, par exemple, consiste à prêcher le faux pour avoir le vrai, et contraindre ainsi l’autre, pour se défendre, à se trahir.

Les joies et les difficultés du mensonge

Pour certains, mentir est un sport intellectuel qui permet de se maintenir en forme sur le plan mental, et de faire pièce à l’ennui de la routine quotidienne. Cette gymnastique implique de l’à-propos, beaucoup de créativité, un esprit rapide et le sens de la répartie. Beaucoup le considèrent comme un jeu. Et comme un jeu d’acteur, le mensonge, pour être crédible, implique un visage de joueur de poker et un jeu de physionomie très travaillé. Il faut être capable, sur l’instant, de montrer tous les signes d’un intérêt puissant ou des sentiments les plus subtils.
C’est aussi une manière de se protéger, de ne pas se livrer au regard de l’autre. Et sans enjeu personnel, le mensonge a des accents d’authenticité que n’a pas la vérité, livrée alors avec gêne et réticence. C’est ce que vit l’héroïne d’Agatha Christie dans Voyage à Bagdad : Victoria qui sait mentir avec brio, n’est pas crue quand elle dit la vérité.
Cependant, si savoir mentir demande une présence d’esprit acérée sur le vif, cela demande aussi une mémoire d’éléphant. Car les bons menteurs doivent savoir se souvenir de tous leurs mensonges, sur la durée. Et un mensonge en entraînant forcément d’autres, se promener dans sa mémoire devient un parcours labyrinthique, qui demande beaucoup d’efforts et d’énergie. Et donc par souci d’économie énergétique, de nombreuses personnes ont renoncé consciemment à mentir. À quoi bon ?

Toute vérité n’est pas bonne à dire…

Ou encore : « le silence est d’or et la parole est d’argent », selon le bon sens populaire. De fait, le mensonge par omission est-il un mensonge ? Bien souvent, les gens se taisent sur des vérités sensibles pour ne pas blesser l’autre. Se pose alors la question de savoir si ménager l’autre n’est pas une manière subtile de chercher à contrôler l’autre. « C’est pour ton bien », selon le mantra de la pédagogie noire, analysée par Alice Miller.
Une autre question se pose : qu’est-ce que la vérité ? Bien souvent, sont considérées comme vérités des opinions, des jugements que l’on porte, sans même en avoir conscience la plupart du temps, sur soi, sur l’autre et sur la vie. Des méconnaissances.

Les 3 tamis de Socrate

Et pour reprendre la métaphore de Socrate des 3 tamis, avant d’émettre une opinionou de porter à la connaissance des autres une « vérité », une nouvelle, ou le plus souvent un scoop, il suggère de se poser 3 questions : est-ce vrai ? Est-ce bon ? Est-ce utile ?
Un jour, quelqu'un vint trouver Socrate et lui dit : « écoute, Socrate, J’ai une histoire savoureuse à te raconter à propos de quelqu'un que tu connais… 
- Attends, répondit Socrate. As-tu passé ce que tu veux me dire à travers les trois tamis ?
- Oui, 3 tamis. Il est bon de filtrer ce que l’on aimerait dire sur quelqu'un par trois tamis. Réponds-moi : ce que tu as à me dire est-il vrai ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Je viens juste d’en entendre parler.
- Bien. Prenons le deuxième tamis. Ce que tu veux me dire, si ce n'est pas tout à fait vrai, est-ce quelque chose de bon ?
- Heu non, au contraire…
- Prenons alors le troisième tamis.Est-il utile que tu m’apprennes ce que cette personne aurait fait ?
-Utile ? Comment ça utile ? Utile à quoi ? Comment une histoire pourrait-elle être utile ?
- Elle l’est, quand elle rend service à quelqu’un. Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier... »
Platon, Protagoras

Marielle DE MIRIBEL - PTSTA Organisation
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