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Le temps c'est de la vie, Le temps c'est de l'argent !

Vous avez sûrement entendu dire que le temps, c’est de l’argent ? Erreur ! Le temps, c’est de la vie… Nous avons un capital temps comme nous avons un capital financier. Comment le gérons-nous ? En panier percé, en avare, en égoïste, en généreux ? Voici quelques pistes de réflexion, issues de l’Analyse transactionnelle, bien sûr, mais pas seulement…

Une pendule, une bouteille de Bordeaux, et un culbuto

Au congrès de l’IFAT à Lille en 2005, Martine Walter, O-TSTA, avait animé une table ronde sur le thème de : « La relation au temps dans les liens interpersonnels et interculturels ». Elle avait invité trois de ses collègues à présenter un objet qui évoquait pour elles le temps.
• Véronique Sichem, E-TSTA, avait apporté la pendule de son grand-père, qui symbolisait à ses yeux le rythme des 3 temps : passé, présent, futur.
• Christine Chevalier, O-TSTA, avait apporté une bouteille de Bordeaux, qui symbolisait le lien au temps et à la vie, dans le principe de bonification.
• Michèle Benoît-Couturier P-TSTA, avait apporté un culbuto qui symbolisait les ruptures dans le temps, et le respect qui permet la conservation du lien

Chronos, Kairos et Aion

Trois types de temps, trois modes pour envisager le temps en soi et la relation de chacun au temps. Les Grecs avaient trois termes pour désigner le temps, selon ses différentes perceptions : Chronos, Kairos et Aion.
Chronos est le temps linéaire que, depuis Newton, on calcule toujours de la même manière sous toutes les latitudes : on découpe le temps en tranches d’une année, calculée sur la rotation de la terre autour du soleil, d’un mois, d’une journée, calculée sur la rotation de la terre sur elle-même, d’une heure, d’une minute, d’une seconde, etc. Il permet de segmenter le temps en passé, présent et futur. Il nous habite beaucoup, car c’est le domaine de la gestion du temps, du message contraignant « dépêche-toi », de la notion de progrès et de proverbes comme : « demain sera mieux qu’aujourd’hui » : il rythme le temps qui, normalement, s’écoule de manière continue. 
Aion est le temps cyclique comme les saisons, la rotation des astres, les cycles de la vie comme la respiration, le sommeil, etc. Il n’a pas de bornes et peut également signifier la destinée, l’âge, la génération ou l’éternité. C’est un temps qui renvoie à la responsabilité, car si on fait quelque chose à un moment donné, le cycle du temps qui tourne - cette vision circulaire du temps qui évoque la notion de karma- vous renvoie aux conséquences de vos actes. Si, par exemple, un agriculteur ne plante pas de manière juste des graines dans son champ, il aura une faible récolte. Dans le temps circulaire, logiquement, on dit que le passé est devant soi, puisque les conséquences du passé se trouvent en amont. 
Kairos est le temps subjectif, intuitif, lié à la perception du temps dans sa durée et dans l’intuition, par exemple, que c’est le ‘bon’ moment pour agir. Il est qualitatif, alors que Chronos est quantitatif, c’est l’espace-temps, l’intervalle de temps entre deux bornes de temps. Il ne se mesure pas, il est immatériel et se ressent. C’est une autre dimension du temps qui crée de la profondeur dans l’instant.

Deux perceptions du capital temps dans la vie

Alors, comment vivez-vous votre temps de vie ? Comment passez-vous votre temps de vie entre la naissance et la mort ? On dit généralement que les jeunes se croient immortels et brûlent la chandelle par les deux bouts : pour eux, la vie est un capital d’énergie inusable. Et puis, vers la quarantaine, la perception du temps se retourne et l’on mesure le temps qui nous reste à vivre, la distance qui nous sépare de la mort : à ce moment-là, on réalise que le temps est certes une énergie, une ressource, mais qu’elle est limitée, et finira un jour, ce qui donne, tout à coup, du prix à chaque moment de vie. Le temps, on le comprend alors, c’est de la vie. Et la vie est précieuse, donc on rechigne à gaspiller son temps.
Bronnie Ware, dans son ouvrage Les 5 regrets des personnes en fin de vie, décrit les cinq regrets les plus poignants des personnes qui ont le sentiment d’avoir raté leur vie :
1. J’aurais préféré vivre ma vie, pas celle des autres.
2. J’aurais dû travailler moins.
3. J’aurais dû assumer mes sentiments.
4. J’aurais dû rester proche de mes amis.
5. J’aurais dû m’accorder le droit au bonheur

Comment occupons-nous notre temps ?

Éric Berne explique dans Que dites-vous après avoir dit bonjour ? que les gens éprouvent de la difficulté à structurer leur temps et préfèrent payer cher ceux qui structurent le temps à leur place :
« La plupart des gens commencent à se sentir mal à l’aise dès qu’ils doivent affronter un laps de temps non structuré. De là vient qu’ils trouvent moins ennuyeux d’assister à un cocktail, par exemple, que de rester livrés à eux-mêmes. Le désir de structurer le temps repose sur trois besoins :
Le premier est le besoin de stimulus ou de sensation. Loin de vouloir éviter les situations de stimulation, […], la plupart des organismes, y compris l’être humain, les recherches avidement. C’est le besoin de sensations qui rapporte de l’argent aux propriétaires de montagnes russes.
Le deuxième est le besoin d’être reconnu, la recherche d’une catégorie spéciale de sensations ne pouvant être fournies que par un autre être humain ou, dans certains cas, par un autre animal. […]
Le troisième est le besoin de structure en raison duquel les groupes tendent à évoluer en organismes sociaux, et les « structureurs » de temps comptent parmi les membres les plus recherchés et les mieux rétribués de toute société. »

À quoi sert le temps ? Faire ou être ?

De nombreuses formations nous apprennent à gérer notre temps, pour le rentabiliser le plus possible : pour éviter de perdre son temps. Éviter de perdre son temps pour en gagner ? Qu’est-ce que cela veut dire : « gagner du temps ou en perdre » ? Gagner du temps pour en faire quoi ? Faire plus de chose ? Ou simplement être : vivre son temps de vie dans la joie de se sentir vivant, de sentir la vie couler dans son corps ? L’éternel séparation entre faire et être, l’un cherchant à manger l’autre. À quoi sert de faire, si on ne se sent pas être ? La vie, le temps qui coule, est-il un vide à remplir ? Comment occuper son temps ?

La perception du temps vide : l’ennui

On constate généralement que, lorsque l’on prend plaisir à ce qu’on fait ou au bien-être que l’on ressent, le temps passe beaucoup plus vite que lorsque l’on s’ennuie. Connaissez-vous l’ennui ? Le sentiment de perdre son temps, alors qu’il serait mieux occupé autrement, le sentiment que la vie coule inutile entre nos doigts ? Cette sensation de vide sidéral, ce sentiment de vacuité et d’inutilité qui peut générer de la colère ou pousser à l’action. Pour lutter contre l’ennui, dans des réunions interminables par exemple, une bonne recette consiste à en se focaliser sur un détail. Étudier la texture de la table, du stylo, de la forme des lunettes de l’assistance, etc. Méditer, c'est-à-dire porter son attention sur un détail, entraîner sa faculté d’attention, comme le font les artistes et les policiers.

Faire ou être ?

Cependant, les bénéfices de l’ennui viennent justement de cette sensation de vide. L’ennui permet d’arrêter de focaliser son attention sur le faire, pour en affecter à l’être. Les enfants, par exemple, et les adolescents, ont besoin de ce temps de vide, plus ou moins long, pour se laisser aller à rêver, imaginer, créer un univers intérieur riche qui leur permet de se connecter à leurs appétences, leurs passions et engagement futurs, leurs vraies raisons d’exister. Avoir la possibilité de contacter l’être, alors que bien souvent les parents pour les occuper, justement, les mènent d’une activité à une autre, dans un tourbillon étourdissant.

Donner de la valeur au temps : le degré d’attention

Qu’est-ce qui donne du prix aux instants, à l’instant présent ? L’attention.
Idriss Aberkane, consultant multifacettes propose une équation originale pour évaluer la valeur de la connaissance, en relation au temps et à l’attention : la connaissance, c’est du temps (de la disponibilité) multiplié par le degré d’attention. 
 F (K) µ At 
« La connaissance (Knowledge en anglais) puisée (à partir d’un puits), est directement proportionnelle au produit de l’attention et du temps. »

 La quantité de connaissances que l’on retient d’une formation, d’une conférence, d’un atelier, d’un film, etc., sera proportionnelle au produit de l’attention et du temps que l’on y aura investi. Or, si on peut contrôler le temps, comme à l’école, personne ne peut contrôler l’attention que vous mettez à ce que vous faites.

La valeur du temps

Une citation de Paul Morand : « Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui » rejoint de que disait Christine Chevalier à propos du temps nécessaire à la vinification, à la bonification d’un grand vin de Bordeaux. En se donnant du temps, nous sommes capables d’accomplir des choses inimaginables. Au lieu d’être un ennemi, le temps devient notre meilleur allié pour réaliser des choses qui nous dépassent littéralement. Les cathédrales, par exemple, nécessitaient 100 à 200 ans pour être bâties. Mais neuf siècles plus tard, elles se dressent encore dans nos paysages européens. Ce qui est loin d’être le cas de ces immeubles construits en quelques jours ou en quelques semaines.

Le temps, l’attention, l’intention

Peut-être connaissez-vous l’allégorie des tailleurs de pierre :
Trois tailleurs de pierre travaillent à proximité l’un de l’autre. 
Le premier tailleur de pierre, assis sur sa chaise, travaille presque mécaniquement sa pierre. Et quand on lui demande ce qu’il est en train de faire, c’est l’air un peu ahuri qu’il répond qu’il taille une pierre.
Non loin de lui, un second tailleur de pierre effectue le même travail, avec les mêmes outils et la même technique, mais de façon un peu plus méthodique. Quand on lui demande ce qu’il est en train de faire, il explique posément qu’il taille une pierre pour construire un mur.
Quelques mètres plus loin, un troisième tailleur de pierre travaille consciencieusement sa matière première avec un respect quasi religieux. Il a exactement les mêmes outils et la même technique que les deux autres tailleurs de pierre mais, ce qui le rend différent, c’est la délicatesse avec laquelle il taille sa pierre comme s’il s’agissait d’un diamant. Et quand on lui demande ce qu’il est en train de faire, il répond dans un large sourire : « je suis en train de construire une cathédrale ».

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