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La Maladie Gilles de la Tourette chez le Manager Les apports de l’Analyse Transactionnelle

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La maladie de Gilles de la Tourette (souvent appelée syndrome de Tourette) est un trouble neurologique qui débute le plus souvent dans l’enfance.
En quoi consiste‑t‑elle ?
Elle se caractérise par la présence de tics, c’est‑à‑dire des mouvements ou des sons :
  • involontaires
  • répétitifs
  • difficiles à contrôler complètement
Les deux types de tics
Pour poser le diagnostic, il faut :
  • des tics moteurs (mouvements)
  • et au moins un tic vocal (sons ou paroles)
Exemples :
  • Tics moteurs : cligner des yeux, grimacer, hausser les épaules, secouer la tête
  • Tics vocaux : renifler, tousser, racler la gorge, répéter des mots
Contrairement à une idée reçue, dire des grossièretés (coprolalie) est rare et ne concerne qu’une minorité de personnes.
Pourquoi cela apparaît ?
La cause exacte n’est pas totalement connue, mais on sait que :
  • il existe une prédisposition génétique
  • certaines zones du cerveau impliquées dans le contrôle des mouvements fonctionnent différemment
  • ce n’est pas une maladie psychologique ni liée à l’éducation
Évolution
  • Les symptômes commencent souvent entre 5 et 10 ans
  • Ils sont souvent plus marqués à l’adolescence
  • Chez beaucoup de personnes, ils diminuent nettement à l’âge adulte
Troubles associés fréquents
Le syndrome de Tourette peut s’accompagner de :
  • TDAH (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité)
  • TOC (troubles obsessionnels compulsifs)
  • anxiété ou troubles de l’apprentissage
Traitement
Il n’existe pas de “guérison” définitive, mais :
  • des thérapies comportementales peuvent réduire les tics
  • des médicaments sont proposés si les tics sont très gênants
  • un bon accompagnement scolaire, social et médical est essentiel
1. D’abord, ce qu’il faut savoir
  • La Tourette n’affecte pas l’intelligence, les compétences managériales ou le leadership
  • Les tics varient selon le stress, la fatigue et la pression sociale
  • Beaucoup de personnes atteintes ont développé une grande capacité d’adaptation, d’anticipation et d’empathie
Être manager avec la Tourette est possible et fréquent, même si on en parle peu.
2. Gérer la maladie au quotidien au travail
Mieux connaître ses propres tics
Un manager gagne à identifier :
  • les situations qui augmentent les tics (réunions longues, prises de parole publiques, conflits)
  • celles qui les diminuent (concentration, travail structuré, pauses)
Cela permet d’anticiper plutôt que de subir.
Adapter son organisation
Quelques exemples très concrets :
  • privilégier des réunions courtes et cadrées
  • prévoir des temps de pause
  • alterner présentiel / distanciel si possible
  • préparer les prises de parole importantes à l’avance
Ce sont souvent des ajustements bénéfiques pour toute l’équipe, pas seulement pour le manager.
3. Faut‑il en parler à son équipe ?
Il n’y a aucune obligation, c’est un choix personnel.
Mais quand un manager choisit d’en parler (même brièvement) :
  • cela désamorce les malentendus
  • réduit le stress lié au regard des autres
  • favorise un climat de confiance
Par exemple :
« J’ai un trouble neurologique qui provoque parfois des tics. Ce n’est ni volontaire ni lié à la situation. Cela n’affecte pas mon travail. »
Souvent, une fois expliqué, le sujet cesse rapidement d’être un sujet.
4. Le management : forces souvent associées
Beaucoup de managers avec la Tourette développent :
  • une forte empathie
  • une grande tolérance à la différence
  • une capacité à gérer la complexité
  • un leadership plus humain et authentique
Ces qualités sont aujourd’hui très recherchées.
5. Accompagnement et droits
Selon la situation :
  • un médecin du travail peut proposer des aménagements
  • la RQTH (reconnaissance de travailleur handicapé) peut être utile (facultative et confidentielle)
  • un suivi médical ou une thérapie comportementale peut aider à réduire l’impact des tics
6. Le plus important
La difficulté majeure n’est souvent pas la maladie, mais :
  • la peur du jugement
  • l’auto‑censure
  • la pression à “faire comme si de rien n’était”
Un manager qui s’autorise à être compétent sans être parfait est souvent plus respecté qu’on ne l’imagine.
En parler à son équipe peut sembler délicat, mais quand c’est fait simplement et au bon moment, c’est souvent très bien accueilli. L’objectif n’est ni de se justifier, ni d’entrer dans des détails médicaux, mais de poser un cadre clair et rassurant.
Voici une méthode concrète, étape par étape, avec des exemples de formulations.
1. Choisir le bon moment et le bon format
Vous pouvez en parler :
  • lors d’une réunion d’équipe calme (pas en situation de stress)
  • ou au début d’une collaboration
  • ou après qu’un tic a été remarqué (pour éviter les interprétations)
2 à 5 minutes suffisent. Plus c’est court, plus c’est efficace.
2. Dire l’essentiel, sans trop en dire
Les messages clés à faire passer sont :
  • Ce que c’est (simplement)
  • Ce que ce n’est pas
  • L’impact réel sur le travail (souvent minime)
Exemple très simple (souvent suffisant)
« Je voulais vous dire quelque chose de personnel : j’ai un trouble neurologique appelé le syndrome de Gilles de la Tourette.
Cela peut provoquer chez moi des tics, surtout en période de fatigue ou de stress.
Ce n’est ni volontaire, ni lié à la situation ou aux personnes, et ça n’affecte pas mon engagement ni mes décisions. »
3. Normaliser et désamorcer
Ajouter une phrase qui détend l’atmosphère aide beaucoup :
« Vous pouvez donc les ignorer, c’est ce qu’il y a de plus simple. »
ou
« En général, une fois que c’est dit, ça cesse d’être un sujet. »
Cela donne une consigne claire à l’équipe.
4. Fixer vos limites (si nécessaire)
Vous avez le droit de poser un cadre :
« Je suis à l’aise pour répondre à des questions générales, mais je préfère rester discret sur les aspects médicaux. »
Cela évite les maladresses sans créer de malaise.
5. Ce qu’il vaut mieux éviter
  • Trop de détails médicaux
  • Se justifier ou s’excuser
  • En parler sur le ton de l’excuse ou de la faiblesse
Vous informez, vous ne demandez pas la permission d’être là.
6. Après en avoir parlé
Dans la grande majorité des cas :
  • l’équipe s’adapte naturellement
  • le stress baisse (et souvent… les tics aussi)
  • votre crédibilité ne diminue pas, elle augmente souvent
Un manager qui assume avec calme envoie un message fort : la compétence et l’humanité vont ensemble.

Les apports de l’Analyse Transactionnelle

L’analyse transactionnelle (AT) offre un cadre très pertinent pour comprendre ce que vit un manager avec le syndrome de Tourette, à la fois intérieurement et dans la relation à l’équipe.
Liens principaux, de façon claire et opérationnelle.
1. États du moi : Adultes, Parent, Enfant
L’enjeu central : rester en Adulte
En AT, l’état du moi Adulte est celui :
  • de l’ici‑et‑maintenant
  • de l’information factuelle
  • des décisions rationnelles
Quand vous expliquez votre Tourette à l’équipe calmement et factuellement, vous êtes pleinement en Adulte :
« J’ai un trouble neurologique. Voilà ce que cela implique. Voilà ce que cela n’implique pas. »
Cela évite deux pièges fréquents :
Parent Normatif intérieur
  • « Je devrais me contrôler »
  • « Ce n’est pas professionnel »
  • « Je dois être irréprochable »
Cela augmente la pression… et souvent les tics.
Enfant Adapté
  • Minimisation
  • Excuses excessives
  • Peur du regard de l’équipe
Là encore, stress et perte de légitimité.
L’A.T. = permission de rester Adulte, sans se suradapter ni se juger.
2. Transactions : éviter les malentendus relationnels
Sans explication, les tics peuvent provoquer des transactions croisées :
  • Un collaborateur peut interpréter un tic comme :
La parole explicative réaligne les transactions en Adulte ↔ Adulte.
Quand vous dites : « Ce n’est ni volontaire ni lié à la situation » vous réparez la transaction avant qu’un problème relationnel ne s’installe.
3. Positions de vie : « Je suis OK – Vous êtes OK »
La Tourette peut pousser, inconsciemment, vers :
  • « Je ne suis pas OK – Vous êtes OK »
    (sentiment de décalage, d’illégitimité)
Ou parfois :
  • « Je suis OK – Vous n’êtes pas OK »
    (repli, distance défensive)
Le travail en AT vise à stabiliser la position saine :
Je suis OK – Vous êtes OK
Dire les choses simplement à l’équipe est un acte de positionnement OK/OK :
  • je me respecte
  • je vous fais confiance pour comprendre
  • nous travaillons d’égal à égal
4. Jeux psychologiques : comment les éviter
Sans cadre clair, des jeux peuvent apparaître :
  • « Sauveur » : « Ne t’inquiète pas, on fait comme si de rien n’était »
  • « Persécuteur » (rare mais possible) : moqueries, remarques
  • « Victime » (auto‑induite) : honte, retrait
L’information posée en Adulte coupe le jeu à la racine.
C’est très typique en AT : Ce qui est nommé clairement ne se transforme pas un jeu.
5. Scénario de vie et permissions
Beaucoup de personnes avec la Tourette ont grandi avec des messages du type :
  • « Contrôle‑toi »
  • « Fais des efforts »
  • « Ne dérange pas »
L’AT permet de travailler des permissions essentielles :
  • Tu as le droit d’exister tel que tu es
  • Tu peux être compétent sans être lisse
  • Tu peux diriger sans te suradapter
En management, ces permissions sont extrêmement puissantes.
6. En pratique : parler à l’équipe = acte fort
Quand vous en parlez : à partir de l’Adulte
  • vous installez une relation OK/OK
  • vous évitez les jeux
  • vous posez un cadre clair avec des Transactions
C’est du management mature, pas une faiblesse
Exemple de formulation (2–3 minutes)
« Avant de commencer, je souhaite partager une information personnelle, simplement pour poser un cadre clair. J’ai un trouble neurologique appelé le syndrome de Gilles de la Tourette. Cela peut se manifester chez moi par des tics, surtout en période de fatigue ou de concentration. Ce n’est ni volontaire, ni lié à la situation ou aux personnes, et ça n’a pas d’impact sur mes décisions, mon management ou mon engagement. Le plus simple est de les ignorer. Une fois que c’est dit, en général, ça cesse d’être un sujet. »
(pause naturelle, puis on enchaîne sur l’ordre du jour)
Variante plus courte pour rester discret
« Petite info : j’ai un trouble neurologique qui provoque parfois des tics.
Ce n’est pas volontaire et pas lié à la situation. Vous pouvez simplement les ignorer. »
Variante si vous voulez poser une limite claire
« Je suis à l’aise pour répondre à des questions générales, mais je préfère rester discret sur les aspects médicaux. »
C’est une formule adaptée parce que :
  • État du moi Adulte (factuel, posé)
  • Position OK/OK (ni excuse, ni justification)
  • Consigne claire pour l’équipe (« ignorer »)
  • Pas de dramatisation, pas de sur‑explication
Vous informez, vous ne demandez rien.
Dans le cadre de l’Analyse Transactionnelle, éviter les jeux psychologiques consiste surtout à rester en relation Adulte ↔ Adulte, même quand une situation est inconfortable (comme avec des tics visibles).
1. Rappel bref : qu’est‑ce qu’un jeu psychologique ?
Un jeu psychologique est :
  • une séquence relationnelle répétitive qui provoque un malaise
  • qui génère un ressenti négatif (honte, colère, agacement, culpabilité…)
  • où chacun adopte un rôle dans le Triangle Dramatique :
Les jeux naissent souvent à partir de non‑dits.
2. Le principe clé pour les éviter
Nommer clairement la réalité, en Adulte
En AT, on dit souvent : Ce qui est dit clairement ne devient pas un jeu.
Parler de votre Tourette de façon factuelle est déjà un acte majeur de prévention des jeux.
3. Les 5 leviers concrets pour éviter les jeux
Rester en Adulte, même si l’autre « glisse »
  • Ton calme
  • Informations factuelles
  • Pas de justification excessive
Exemple :
« Ce tic n’est pas volontaire. On peut continuer. »
À éviter :
  • s’excuser longuement
  • plaisanter pour masquer le malaise
  • se crisper ou se taire
Ne pas entrer dans le triangle dramatique
Exemples de pièges fréquents :
Sauveur (chez l’autre)
« Ne t’inquiète pas, on fait comme si de rien n’était »
→ Réponse Adulte :
« Merci, le plus simple est effectivement d’ignorer. »
Victime (intérieure)
« Je gêne l’équipe »
→ Recentrage AT :
« J’ai une information à donner, pas une faute à réparer ».
Persécuteur (rare mais possible)
Remarque déplacée ou ironique
→ Réponse Adulte :
« Je préfère qu’on reste sur le sujet du travail. »
Donner une consigne relationnelle claire
Les jeux apparaissent quand les autres ne savent pas comment réagir.
Phrase clé : « Le plus simple est de les ignorer. »
Vous :
  • soulagez l’équipe
  • supprimez l’ambiguïté
  • coupez la boucle du jeu
Refuser les questions intrusives sans entrer en conflit
Mettre une limite n’est pas persécuter, c’est rester en Adulte.
Exemple :
« Je préfère rester discret sur les aspects médicaux, merci de respecter ça. »
Calme, clair, sans justification = fin du jeu.
Surveiller vos drivers (AT)
Chez les managers avec Tourette, on retrouve souvent :
  • Sois parfait
  • Fais plaisir
  • Sois fort
Ces drivers alimentent les jeux.
Permission AT à vous donner :
  • Je peux être professionnel sans être invisible
  • Je n’ai pas à me suradapter
  • Je peux poser un cadre sans me justifier
4. Indicateur simple : suis‑je dans un jeu ?
Posez‑vous cette question :
« Est‑ce que je parle de faits présents… ou est‑ce que je ressens un malaise flou ? »
  • Faits + calme → Adulte
  • Malaise + rumination → jeu probable
Dans ce cas : nommer un fait suffit souvent à sortir du jeu.
5. En résumé
Pour éviter les jeux psychologiques :
  • dire les choses clairement
  • rester en Adulte
  • poser des limites simples
  • refuser de jouer un rôle
  • faire confiance à la maturité de l’équipe
Ce n’est pas de la rigidité, c’est de la clarté relationnelle.
1. La structure d’une réponse Adulte (AT)
Une réponse Adulte efficace tient souvent en une ou deux phrases et suit ce schéma :
Fait observable → Cadre / limite → Retour au travail
Sans émotion excessive, sans justification, sans attaque.
2. Exemples de réponses Adulte selon la situation
Situation 1 : remarque maladroite ou ironique sur vos tics
Exemple de remarque :
« Tu es nerveux aujourd’hui ? »
Réponse Adulte :
« Ce n’est pas lié à la situation. On peut continuer sur le point en cours. »
Vous nommez le fait, vous fermez l’interprétation, vous revenez au travail.
Situation 2 : quelqu’un veut “vous protéger” (Sauveur)
Exemple :
« Si tu veux, on peut arrêter la réunion »
Réponse Adulte :
« Merci, ce n’est pas nécessaire. On peut continuer normalement. »
Vous refusez le Sauvetage sans le rejeter.
Situation 3 : question trop personnelle
Exemple :
« C’est dû à quoi exactement ? Tu prends un traitement ? »
Réponse Adulte :
« Je préfère rester discret sur les aspects médicaux. Restons sur le sujet du travail. »
Limite claire, ton neutre, fin du jeu.
Situation 4 : vous sentez un malaise dans la pièce
Réponse Adulte proactive :
« Pour être clair, ce que vous voyez n’est pas volontaire et n’a pas de lien avec la discussion. Vous pouvez simplement l’ignorer. »
Vous évitez que le malaise devienne un jeu psychologique.
Situation 5 : vous sentez que vous glissez en Enfant Adapté
(S’excuser, se justifier, se crisper)
Phrase de recentrage interne (AT) : Je donne une information, je ne demande pas pardon.
Puis, à voix haute si besoin : « On revient au point suivant. »
3. Indicateur clé : suis‑je en Adulte ?
Posez‑vous cette question après avoir parlé :
  • Ai‑je parlé de faits présents ?
  • Ai‑je posé un cadre clair ?
  • Ai‑je évité de me justifier ?
Si oui → réponse Adulte.
4. À retenir
  • Une réponse Adulte est courte
  • Elle ne cherche pas à convaincre
  • Elle ne nourrit pas le triangle dramatique
  • Elle ramène toujours à la réalité et au travail
C’est une posture de manager solide, pas défensive.
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