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Jeu Psychologique, Jeu de Pouvoir. Quelles différences ?

Le jeu psychologique selon Éric Berne

Le jeu psychologique a été défini par Éric Berne, père de l’Analyse transactionnelle, dans Que dites-vous après avoir dit bonjour ? et Des jeux et des hommes, comme : « le déroulement d’une série de transactions cachées complémentaires, progressant vers un résultat bien défini, prévisible. »
En fait, on joue, de manière inconsciente, à des jeux de pouvoir pour chercher à répondre à des besoins insatisfaits, d’ordre le plus souvent psychologique, comme le besoin d’appartenance, de reconnaissance, de lien, d’affection, de légitimité, de justice, de respect, etc… Même si l’intention est légitime, le problème est que nous cherchons à satisfaire ce besoin d’une manière inadéquate, vouée à l’échec et à la frustration, ce qui a pour résultat de renforcer notre scénario de vie inadéquat.
Il y a 3 manières de repérer un jeu psychologique :
• Les transactions à double fond, quand le message explicite recouvre un message implicite, à décoder selon des normes culturelles et un cadre de référence souvent en désaccord, ce qui donne lieu à des malentendus et débouche le plus souvent sur des conflits, larvés ou non.
• Le triangle dramatique de Stephen Karpman, avec les rôles interchangeables de Persécuteur, Sauveur et Victime, qui font le bonheur et le succès des contes et des pièces de boulevard, quand par un coup de théâtre, les joueurs changent de rôle.
• La formule du Jeu de Berne, qui commence donc, comme à la pêche, par un appât, qui attire un poisson affamé, qui cherche à répondre à des besoins insatisfaits, ce qui donne lieu à des transactions à double fond, pendant un certain temps, variable, sur quelques minutes ou des dizaines d’années, suivi par un coup de théâtre, où les joueurs changent de rôle, qui entraîne un moment de stupeur ! et un bénéfice final négatif, qui renforce le scénario inadéquat.
Accroche + Point Faible => Suite de Transactions à double fond => Coup de Théâtre => moment de Stupeur => Bénéfice final négatif

Selon Berne, la question à se poser n’est pas : « est-ce que je suis en train de jouer ? », mais « à quoi est-ce que je joue ? », puisque pour lui, sans avoir mené un travail de conscience de nos comportements, nous jouons à 70 % de notre temps, faute de savoir exprimer, en toute transparence et loyauté, des demandes susceptibles de satisfaire nos besoins en déséquilibre, puisque, comme sur un vélo, l’équilibre de nos besoins est un ajustement constant.


Le jeu de pouvoir selon Claude Steiner

Le jeu de pouvoir a été étudié par deux chercheurs : Claude Steiner dans L’autre face du pouvoir, et Jean-Jacques Crèvecœur, dans Relations et jeux de pouvoir.
Pour Claude Steiner, les jeux de pouvoir se caractérisent par deux critères :
• les jeux de pouvoir physiques ou psychologiques
• les jeux de pouvoir manifestes ou subtils
Le jeu de pouvoir physique manifeste comprend le meurtre, le viol, la torture, la privation de nourriture, la médication forcée, les coups, les bousculades, l’envoi de projectiles, les portes claquées. Le but est de supprimer toute résistance chez l’autre ou de l’intimider dans le meilleur des cas.
C’est la violence ordinaire qui s’exerce contre les faibles : les enfants, les vieillards, les pauvres, les femmes, les personnes différentes. Il suffit de lire les journaux pour en trouver des exemples. L’objectif est de susciter chez l’autre la peur et la soumission. Dans les jeux de pouvoir manifestes, on cherche à contrôler l’autre sans masquer la manœuvre autoritaire,
Dans les jeux de pouvoir physiques subtils, l’efficacité de la manœuvre dépend de sa dissimulation. Le but est caché. Une personne va utiliser son corps pour influencer l’autre : un homme, par exemple, peut utiliser sa taille pour dominer l’autre ou envahir son espace physique, ce que vivent de nombreuses femmes dans leur relation aux hommes.
Le harcèlement sexuel est un jeu de pouvoir physique subtil. Au niveau social, les messages sont professionnels et au niveau du corps toutes les indications vont dans le sens de la séduction et de la pression sur l’autre.
De même que les placements stratégiques en début de réunion par exemple. Se placer dos à la fenêtre par exemple permet de bien voir les autres, tout en étant en contre-jour.
L’exercice manifeste du pouvoir psychologique utilise les techniques psychologiques de domination qui reposent sur l’obéissance des partenaires : des menaces visant à susciter chez l’autre non plus la peur physique, mais le doute, comme la peur d’avoir tort, la culpabilité, avec la peur d’être en faute ou des peurs plus archaïques, comme la peur d’être abandonné ou rejeté.
Ça peut être aussi la séduction, les promesses, les mensonges, les tentatives de persuasion : « c’est la meilleure chose à faire, après vous serez tranquille, tout sera fini ».
Les moyens à disposition sont les regards menaçants, les propos mensongers, couper la parole, ignorer quelqu’un comme s’il n’était pas là, etc.
Dans l’exercice subtil du pouvoir psychologique, le but est caché et la majeure partie des indices échappe à l’attention tout en créant des tensions internes : des mensonges par omission, de l’humour Canada dry sarcastique et humiliant, des métaphores dévalorisantes, des commérages, l’utilisation de statistiques inventées pour l’occasion, la fausse logique, etc.
Au niveau du langage, on trouve tout ce qui fait obstacle à la pensée comme l’abus de négations qui crée l’incertitude et débranche l’État du Moi Adulte, comme l’expression « vous n’êtes pas sans savoir », qui se transforme parfois de manière absurde en « vous n’êtes pas sans ignorer », et qui illustre la manière dont on embrouille très vite les gens. On trouve aussi les messages paradoxaux, le jargon, la langue de bois, la Novlangue, la propagande et la désinformation, le sens des mots édulcoré, falsifié ou inversé. Par exemple, le terme « intelligent » est utilisé à tout bout de champ pour le téléphone, la voiture, le compteur électrique, la montre… Alors que le terme intelligent, en anglais, signifie espion, comme dans Central Intelligence Agency, c’est l’Agence centrale de renseignements, la CIA, qui est, comme chacun sait, un nid d’espions.

Le jeu de pouvoir selon Jean-Jacques Crèvecœur

Selon sa définition : « un jeu de pouvoir est une situation où une personne A a le pouvoir de faire faire, de faire dire, de faire penser, ou de faire ressentir quelque chose à une personne B, éventuellement contre son gré mais pas nécessairement, mais surtout sans en prendre la responsabilité ». Un modèle du genre est Tatie Danielle, dans son film éponyme, qui, en une seule question, pleine de sous-entendus arrive à faire faire, dire, penser et ressentir quelque chose à son neveu, contre son gré, et sans qu’elle en prenne la responsabilité : « ah ! Vous prenez l’autoroute… ? »
Quels sont les critères de repérage ?
• Le premier critère de repérage, et le plus important, est l’écoute de notre ressenti corporel, le gut-feeling, comme disent les anglais : le « langage des tripes ». Il est primordial de faire confiance à ses ressentis, même surprenants, même contre « toute raison », car le corps a accès beaucoup plus vite et beaucoup plus finement que le cerveau à des informations subtiles et à des signaux faibles ; par exemple, vous ne pouvez pas tromper un très jeune enfant, qui vous regarde, et qui ressent un décalage entre votre attitude et votre intention, même et surtout avant l’usage de la parole. Faire confiance à son ressenti, même contrairement à toute logique, peut vous sauver de nombreux chausse-trappes et tentatives de jeux de pouvoir.
Après l’alarme incendie envoyée par le corps, la plus efficace, les critères de la raison peuvent entrer en ligne de compte : c’est-à-dire que là, vous rentrez dans votre cerveau, et donc vous passez du ressenti à l’analyse. Mais ce n’est que dans un deuxième temps. Et dans un deuxième temps, vous allez vérifier si :
• Un projet, une attente, une intention implicite sur l’autre. Si par exemple, à la fin d’une formation, je dis : « oh, je suis bien embêtée, je ne sais pas comment aller à la gare… ? » Qu’est-ce que ça signifie ? Tout simplement que je m’adresse à une collègue qui, je le sais, a une voiture, et que j’espère bien, sans le lui dire, ni le lui demander, qu’elle va prendre l’initiative de me proposer de m’emmener à la gare. Dans sa voiture. Et de faire le crochet jusqu’à la gare. Même si ça l’embête. Parce qu’en fait, elle doit aller récupérer ses enfants… Mais comme elle est polie et gentille et que, dans le rôle de Sauveur, elle n’ose pas dire non, elle va dire : « si tu veux, je t’emmène à la gare. En fait, c’est presque sur mon chemin », même si ça la met en difficulté ; même si, ensuite, elle reste coincée dans les encombrements. Mais moi, tranquille, je n’ai rien demandé. C’est elle qui a proposé. Quasiment, c’est de sa faute…
• La distorsion entre le message explicite et le message implicite. Par exemple, vous observez que la personne vous fait des compliments et des sourires, mais que ce sont plutôt des grimaces, car les yeux ne sourient pas, et restent froids et aux aguets. Vous sentez qu’il y a quelque chose qui cloche. C’est votre corps qui vous prévient, et votre raison vous dit ensuite : il y a une dissonance cognitive… »
• La non prise de responsabilité par l’autre. La personne prend-elle la responsabilité de sa demande, ou envoie-t-elle une question à la ronde du style : « vous ne trouvez pas qu’il fait un peu froid ? », ce qui signifie en clair : « qu’est-ce que tu attends pour remettre le chauffage ? » Ce qui fait que, comme elle n’a rien demandé, elle n’est en aucun cas responsable des inconvénients ou des difficultés qui peuvent échoir à la personne qui prend l’action en main, en Sauveur…

De la tentative de jeu de pouvoir au jeu de pouvoir

Jusque-là, comme le corbeau dans la fable du corbeau et du renard, de La fontaine, le renard a joué de séduction, de flatterie pour faire tomber le corbeau dans le chausse-trappe qu’il lui a tendu. Il a mis en place une tentative de jeu de pouvoir.
« Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ».
Mais que fait le corbeau ?
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le corbeau est tombé dans le piège que lui a tendu le renard. Et donc, la tentative de jeu de pouvoir est devenue un jeu de pouvoir, avec la participation inconsciente du corbeau.
Le Renard s'en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute. »
Mais si le corbeau, déjà instruit par l’expérience, -si un autre renard lui a déjà fait le coup-, répondait à celui-ci : « eh, va donc ! Passe ton chemin, je ne suis pas aussi bête que tu crois », qui resterait gros jean comme devant ? Le renard.
Et donc, comme le dit Hegel, de manière très juste, quoique sibylline : « lorsque l’esclave meurt, le maître disparait ».
Marielle de Miribel, O-PTSTA
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