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L'A.T. ? Ca rend intelligent...

La pratique des jeux psychologiques

Il nous arrive à tous de nous retrouver impliqué, à des degrés divers dans des jeux psychologiques. D’ailleurs Éric Berne[i] disait, avec son humour habituel, que la question à se poser n’était pas : « est-ce que je joue à des jeux psychologiques ? », mais : « à quels jeux est-ce que je joue ? »
[i] Éric Berne, Des jeux et des hommes, Stock, 1984.

La confusion des sentiments

Or, un des problèmes majeurs des jeux psychologiques, parmi d’autres, c’est de contribuer à nous enfermer dans une confusion, -La Confusion des sentiments, en hommage à Stefan Zweig-, savamment orchestrée de notre scénario de vie, entre nos pensées parasitaires et nos émotions, elles-mêmes, la plupart du temps, parasitaires.
Nos pensées tourbillonnent, comme dans un bocal, mélangées à des émotions complexes entre la peur, la colère et la tristesse, dans le circuit de scénario fort bien décrit par Richard Erskine et Marilyne Zalcman[i].
Pensées, sentiments, et comportements tournent en boucle dans la confusion et finissent par laisser émerger, comme la crème sur une bouteille de lait, un sentiment d’impuissance : « une fois de plus…, de toute façon… », etc.

[i] Richard Erskine et Maryline Zalcman, « Le circuit du sentiment parasite : un modèle d’analyse », Actualités en Analyse transactionnelle, n°12, pp.148-156 ; Les Classiques de l’Analyse transactionnelle, Vol.1, pp. 185-193.

Les 2 axes de la psyché humaine

Pour se représenter les choses d’une façon plus visuelle, Olivier Clerc[i] évoque les deux axes de la psyché humaine. L’axe vertical nous relie à la terre et au ciel, c'est-à-dire que, dans notre verticalité, nous sommes ancrés dans le réel, la terre, notre vie quotidienne, et la tête ‘dans les nuages’, éclairée par la lumière du soleil et de la conscience, c'est-à-dire en lien avec notre spiritualité. Et dans l’axe horizontal, nous avons d’un côté les pensées, et de l’autre les émotions.
Or, dans la confusion des sentiments, dans les jeux psychologiques tout particulièrement, la combinaison des pensées et des sentiments, souvent parasites, crée de la confusion, une sorte de brouillard, qui occulte en partie ou complètement la clarté lumineuse du soleil sur la terre.

[i] Olivier Clerc, Mettre de l’ordre en soi : Séparez le virtuel du réel avec le Tamis à 4 étages, Guy Trédaniel, 2020.

Les 2 axes de la croix du comportement

Pour le dire encore autrement, Arnaud Riou[i] évoque ce qu’il appelle la croix du comportement :
• l’axe vertical, qui est notre lien de soi à soi, le lien avec notre rythme, et nos besoins fondamentaux,
• l’axe horizontal, qui est notre lien de soi à l’autre, notre capacité à être en empathie, à co-créer avec l’autre.
Et parfois, notre croix du comportement est juste en lien avec soi, au mépris de ce que dit l’entourage. Ou, d’un autre côté, notre croix du comportement symbolise la peur de faire de vagues, de décevoir, le souci d’éviter les critiques négatives, même si le prix à payer est de laisser de côté ce qui nous tient à cœur. Et dans cette croix du comportement, il est important de garder à l’esprit que l’axe vertical est plus important que l’axe horizontal, car il est important de respecter avant tout nos propres choix de vie, au risque, dans le cas contraire, de regretter le gâchis de notre vie, une fois qu’il est trop tard pour y remédier[ii].

[i] Arnaud Riou, « Comment changer de vie sans faire de vagues ? », Les chroniques du Moulin, 7 sept. 2020, https://www.youtube.com/watch?v=WM8o8pqLch4&feature=youtu.be
[ii] Bronnie Ware, Les 5 regrets des personnes en fin de vie, Guy Trédaniel, 2013.

Les éclaircissements de l’Analyse transactionnelle

Alors, dans ce brouillard et cette confusion, initiés par le mécanisme des jeux psychologiques ou des jeux de pouvoir, que nous apporte l’Analyse transactionnelle dans ce processus ? La connaissance, justement de ce processus.
La formule du jeu psychologique La formule du jeu, selon Éric Berne permet de comprendre que ce processus suit justement un schéma préétabli, avec un début et une fin, assorti de variantes spécifiques à certains jeux[i] :
AG+ PF = R => D => MS => B
Accroche ou Attrape-Nigaud + Point Faible => Réponse => Déclic ou coup de théâtre => Moment de Stupeur=> Bénéfice final négatif

Par exemple, dans le jeu de « Oui mais… », très connu car très pratiqué, la personne A, Gilberte, se plaint devant la personne B, Auguste, qui, n’écoutant que son bon cœur, va chercher à aider Germaine pour la sortir de sa difficulté, en lui proposant des solutions qui lui semblent, à lui, faisables et efficaces. Mais alors, Germaine, curieusement, comme par un fait exprès, repousse chacune de ses propositions par ce magique et pernicieux « oui mais… », qui plonge assez rapidement les deux protagonistes dans l’impuissance
[i] Éric Berne, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?, Tchou, 1972.


Euréka ! J’ai compris !

Mais une fois qu’on a compris le processus, que l’on a pris conscience du jeu dans son ensemble et de ses dommages collatéraux, cela nous permet de nous dégager, peu à peu, de ce jeu psychologique qu’avec l’habitude et l’entraînement de l’Adulte aux commandes, on voit venir de plus en plus loin. 

Ressentir dans son corps les prémices du jeu

En effet, une fois qu’on a compris le processus, en grande partie inconscient, il reste à le percevoir selon des critères corporels ou intuitifs personnels. Jean-Jacques Crèvecœur[i], dans sa recherche sur la dynamique systémique relationnelle, a défini quatre critères pour repérer les tentatives de jeu de pouvoir :
Il y a jeu de pouvoir de A : Gilberte sur B : Auguste, si A : Gilberte est capable de faire faire, faire dire, faire penser et/ou faire ressentir quelque chose par B : Auguste, (à son insu ou contre son gré), mais sans en prendre la responsabilité.

[i] Jean-Jacques Crèvecœur, Relations et jeux de pouvoir, Jouvence, 2019 ; Prenez soin de vous, n’attendez pas que les autres le fassent !, Jouvence, 2016.

Les 4 critères de repérage d’une tentative de jeu de pouvoir

1. La non prise de responsabilité de sa propre réalité. Je me défausse sur l’autre ou sur la situation de mes propres ressentis, comme la colère, de mes pensées, ou de ma part de responsabilité dans la situation que je suis en train de vivre.
2. La pression psychologique. L’annonce d’un jeu amène une sorte de pression ou de tension dans le corps qui se manifeste, selon les personnes, par des symptômes particuliers : ce peut être un sentiment d’alerte, un nœud dans l’estomac, une tension dans la gorge, etc. Il est important de faire confiance à ses malaises physiques, car le corps perçoit les atmosphères bien avant le mental.
3. La distorsion entre le message explicite et le message implicite. La personne qui, la plupart du temps inconsciemment, cherche à entrainer l’autre dans un jeu, pratique un message, un stimulus de transaction à double fond.
4. Un projet ou une attente implicite sur l’autre. Comme il est précisé dans la définition du jeu de pouvoir par Jean-Jacques Crèvecœur, la personne A cherche à faire faire, faire dire, faire penser ou faire ressentir quelque chose à l’autre, sans en prendre la responsabilité, c'est-à-dire sans faire de demande explicite, ce qui serait montrer sa propre vulnérabilité, ce que de nombreuses personnes se sentent incapables de faire, en faisant la confusion entre vulnérabilité et faiblesse.

La complicité circulaire qui initie le jeu

Et l’on entre malheureusement dans le jeu psychologique ou le jeu de pouvoir quand on accepte l’implicite de l’autre et qu’on y répond, là encore, de manière implicite, avec ce que Jean-Jacques Crèvecœur appelle la complicité circulaire. La complicité circulaire, car plus le jeu se joue dans le temps, plus le déséquilibre s’accentue et c’est ce qui explique que des tas de gens se marient par amour, vivent ensemble avec les meilleures intentions du monde, et finissent par divorcer au bout de quelques temps, car la relation est devenue invivable et toxique pour les deux protagonistes. 

La conscience du jeu permet de reprendre la responsabilité de sa propre réalité

Comprendre les processus relationnels et la dynamique en place dans les jeux psychologiques et les jeux de pouvoir permet de sortir du sentiment d’impuissance et de défaite, et de reprendre les rênes du pouvoir sur sa propre responsabilité dans le processus en cours.
Pour se représenter les choses d’une façon plus colorée, vous pouvez vous imaginer une sorte de chaudron de sorcière, en train de chauffer à gros bouillons. Vous réalisez que vous êtes tombé dans le chaudron quand vous vous retrouvez à mijoter dedans :vous êtes en train de jouer à un jeu psychologique ou de pouvoir, que vous en soyez la Victime ou non.
La prise de conscience que permet l’Analyse transactionnelle, à propos du processus répétitif et prévisible des jeux, permet de comprendre enfin que l’on est tombé dans un chaudron, et quels sont les éléments préalables qui nous ont fait tomber dedans.
Il s’agit dans un deuxième temps d’en sortir, et dans un troisième temps d’éviter d’y entrer, en affinant sa perception des indices annonciateurs, comme les sentiments parasites ou les transactions à double fond, d’un jeu qui se définit par le coup de théâtre.
Et comme le jeu est un processus répétitif et itératif, même après avoir pris conscience du processus et de la dynamique relationnels du jeu, on continuera à tomber dans le chaudron, mais on y restera moins longtemps, et la cuisson sera à feux plus doux, si l’on peut s’exprimer ainsi.
Et avec le temps, nous serons capables de voir venir les jeux de loin et d’être en capacité de les éviter.
Éviter les jeux en prenant soin d’une autre manière, moins toxique, de la satisfaction de nos besoins : en prenant soin de nos besoins d’une façon plus respectueuse pour soi, et pour les autres.
Alors, oui, l’AT rend intelligent !







Marielle de Miribel, O-PTSTA
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