QuestionnementDurant les derniers Ateliers d’été, j’ai participé à un atelier présenté par Serge Eskenazi sur la Vision personnelle, outil de réflexion fondé sur les travaux de Victor Frankl. Particulièrement intéressé par les alternatives que cette approche offre à chacun en termes de dynamique personnelle, j’ai réfléchi aux liens possibles avec le scénario. Mes questions sont les suivantes : concrètement, comment articuler logique de finalité, Vision personnelle et dynamique scénarique ? La logique de finalité et la Vision personnelle peuvent-elles nous permettre de « sortir » de la seconde ? Je vous livre ici le résultat auquel je suis parvenu : il s’agit bien d’une invitation à un échange d’idées et non d’un résultat académique.

  1. La dynamique du scénario
  2. Logique de finalité et Vision personnelle
  3. Quels écueils ?
  4. Les solutions envisageables

1- La dynamique du scénario

Lorsque l’enfant se heurte à une situation, un environnement qui ne répond pas à ses besoins, à ses attentes, il éprouve un manque. Dès qu’il acquiert les capacités pour y réfléchir, il y cherche une explication. Il ressent en effet à la fois le manque et le besoin d’explication ; le plus souvent ce dernier sert à combler le premier : « Maman ne me donne jamais de câlins, c’est parce que j’ai quelque chose qui cloche – ou – c’est parce qu’elle a quelque chose qui cloche » (origine de la position de vie existentielle). L’explication cognitive a pour fonction de « combler » le manque (gestalt secondaire) qui lui n’a rien de cognitif, il est affectif, émotionnel, corporel, etc.

L’enfant se construit une logique interne en réponse à un environnement qui en manque bien souvent à ses yeux. Il va ainsi, de ses premiers vécus, se forger des croyances sur lui, les autres et le monde qu’il va le plus souvent ensuite généraliser. Cette construction est essentielle, elle permet deux choses : de rendre la vie prévisible (si a → b, alors à chaque fois que a, toujours b) et, comme nous le rappelle Alain Crespelle1, de répondre à notre besoin de structure. Rappelons-nous en effet, pour ceux qui l’on vécu, notre sentiment angoissé face à une situation de rupture, un licenciement par exemple : « Mais qu’est ce que je vais faire demain ? », alors imaginons un enfant face à l’infini des possibilités que lui offre la vie : donner une structure c’est essentiel, ça s’appelle le scénario.

Le scénario permet donc de se donner un cadre protecteur d’autant plus sûr qu’il a sa propre dynamique auto-validante. C’est ce qu’ont montré Richard Erskine et Marilyn Zalcman avec le circuit du sentiment-parasite2, rebaptisé d’ailleurs depuis « circuit du scénario ».

Le scénario est donc protecteur, mais aussi, comme tel, limitant. Je construis ma vie en fonction de mes croyances, je « filtre » ce que je vis pour en assurer l’adéquation avec ma logique interne, je méconnais ce qui y est étranger. C’est une logique répétitive. De ce fait, bien souvent, puisqu’ il s’agit d’une construction interne qui date de mon enfance, elle n’est plus adaptée et la vie que je mène ne me convient pas.

Une solution : revisiter cette logique et l’actualiser. Il ne s’agit pas tant de « sortir du scénario », puisqu’il a un côté protecteur et structurant, que de se diriger vers plus d’autonomie (faire le tri entre ce qui me va et ce qui ne me convient plus).

Cette solution consiste à s’interroger sur la logique de causalité. Ce que je suis aujourd’hui trouve sa cause dans le passé, pour « changer » aujourd’hui, je revisite mon passé.

Il y a d’autres possibilités, celle qui m’intéresse ici c’est celle qui consiste à m’interroger sur mon futur. C’est ce que l’on appelle la logique de finalité et la Vision personnelle.

2- Logique de finalité et Vision personnelle

Will Schutz (1905-2002, américain, psychologue, créateur de « l’Elément Humain ») s’est retrouvé à un moment de sa jeunesse à devoir faire un choix : pour ou contre la guerre du Vietnam. Répondre « contre » c’est, lui assure alors son père, se fermer demain toutes les portes de la fonction publique, c’est la garantie de figurer en bonne place sur la liste noire de l’administration pour le reste de ses jours. Il y réfléchit un temps, puis se dit : « Ce qui compte pour moi, et ce qui me guide, c’est la question suivante : quel homme veux-je devenir ? Et c’est en fonction de ce critère que je veux faire mes choix».

En d’autres termes, ce que je deviendrai demain ne dépend pas uniquement de celui que j’étais hier, mais de ce que je décide aujourd’hui.

 Schéma de la dynamique du sens

Dans cette perspective, la logique d’identité (qui suis-je ?) dépend d’hier (logique de causalité), de ma relation aujourd’hui à autrui (logique d’altérité – je ne peux me définir seul) ET de celui que je veux être demain (logique de finalité).

Si revisiter ses choix scénariques permet de se libérer de décisions devenues aujourd’hui encombrantes, cela ne dispense pas de s’interroger sur ce que l’on veut pour demain (c’est l’objectif plus spécifique de ce que l’on appelle le développement personnel qui nous dirige vers celui que nous voulons être).

La Vision personnelle de Victor Frankl (1905-1997, américain, créateur de la logothérapie, la thérapie par le sens) est, dans le cadre de cette logique de finalité, une invitation à s’interroger sur :

Ma vocation, mon ambition pour moi pour demain, mes missions vis-à-vis de (mes enfants, mon aïeul en maison de retraite…), les traces que je veux laisser de mon passage (qu’est-ce que j’aimerais que l’on dise de moi quand je ne serai plus ?), les valeurs auxquelles je crois et ce que je suis prêt à faire concrètement pour elles, mes grands projets professionnels pour les cinq années à venir, et si j’avais une devise quelle serait-elle…

C’est donc une invitation au questionnement, à la conscientisation. En termes d’États du moi, c’est une possibilité puissante qui nous est offerte de sortir des automatismes de l’Enfant Adapté ou du Parent et une excellente opportunité de favoriser, dans une perspective interactionnelle des États du moi, un dialogue interne fructueux, ou – si l’on se place dans le cadre de référence de Richard Erskine – de favoriser l’émergence d’un Adulte intégré.

Enfant, nous avons pris un certain nombre de décisions inconscientes notamment parce que notre A2 n’avait pas la capacité d’envisager autrement les choses ; il en est autrement aujourd’hui. Il s’agit donc ici, je le comprends comme tel, de ne plus laisser aux mains de notre scénario l’apanage de notre définition et de notre devenir.

3- Quels écueils ?

Personnellement, cette vision m’a d’abord semblé très puissante dans le questionnement qu’elle offre… mais quid des réponses ??

À la mise en pratique, je me suis dis : les questions, on me les donne (ce qui m’évite un « questionnement auto-sélectif » scénarique)… mais les réponses ? Ne suis-je pas à nouveau aux prises avec mes propres limites ?

Je vois la Vision personnelle et la logique de finalité comme une incursion d’une dynamique de Sens dans une logique de sens scénarique. Jusque-là, hors scénario, point de sens : le sens se définit par le sens scénarique (c’est-à-dire que j’explique ma situation actuelle, je lui donne du sens, en l’appuyant sur mes croyances scénariques). Dans quelles mesures vais-je pouvoir sortir de ma structure scénarique protectrice ? Dans quelles mesures vais-je accepter l’imprévisible, l’inconnu ? Et son sentiment associé, la peur ?

Par ailleurs, comment m’assurer que mes réponses que je suppose Adulte, le sont bien ? Comment m’assurer que ce n’est pas de l’Adulte contaminé ? Que je ne fais pas de méconnaissances ? Qu’il ne s’agit pas, par exemple, d’une réponse de l’Enfant Adapté Rebelle ?

Je pense ici à cet australien qui vient de décider, arriver à la quarantaine et suite à une déception amoureuse, de vendre sa vie sur eBay. Il a trouvé acquéreur : pour 236 000 euros il a tout vendu maison, voiture, vêtements il a même présenté à ses amis son « successeur » !

Voici ce qu’il dit : « Quand j’ai décidé de me lancer dans ce projet, je n’avais pas de réponse. Je savais seulement que je rêvais de quelque chose d’aventureux, de quelque chose d’excitant, de quelque chose comme d’un défi ».

Dans cet exemple, le danger est grand d’avoir une ambition personnelle motivée par un « refus de » (une vie « planplan » comme il dit lui-même, par exemple) plus que pour un projet « pour » (et qu’il s’agisse donc d’un choix scénarique). (pour la petite histoire, il s’est fixé une série de 100 buts (voyages, rencontres…) à atteindre en 100 semaines).

4- Les solutions envisageables

Il s’agit simplement de valider un travail autant intuitif que réflexif. Il est bien entendu possible de faire un travail à partir des États du moi (confrontation pour réveler une éventuelle contamination, vérification de la faisabilité effective, de la connaissance des options possibles, etc.), il est également bienvenu de partir des sentiments vécus (dans quelles mesures sont-ils adaptés, ou sont-ils des revécus, de la reproduction…) mais je veux vous exposer ici un outil que je trouve excellent.

 

Il permet d’explorer la cohérence entre les convictions dont nous pouvons être porteurs, et les actes posés en conséquence (« Quel homme veux-je être ? → quelles convictions ? → quels actes ?).

Il se présente en deux parties, la première permet de faire le lien entre les convictions que nous portons et leurs fondements intimes, la seconde permet d’aligner les actes dans le droit fil des convictions ainsi affirmées.

Question : Qu’est-ce qui est important pour moi ? (votre réponse)

  • Pourquoi ? (votre réponse)
  • Pourquoi (cette réponse là) ? (votre réponse)
  • Pourquoi (cette nouvelle réponse) ?
  • Déroulez les pourquoi (en général 3 c’est pas mal) et répondez ensuite à la seconde partie :
  • Donc pour moi cela implique ? (votre réponse)
  • Ce qui implique ? (votre réponse)
  • Ce qui implique ? (votre réponse)

« C’est le désir qui met en mouvement, plus que la satisfaction du désir »

Alain Crespelle3.

Pour accompagner ce texte, je vous propose de poursuivre par la lecture de son écho poétique, L’homme-qui-avance par Evelyne Blain-Joguet, dans la rubrique « Au fil de l’eau ».

Je suis très intéressé par vos propres réflexions et sentiments sur ce thème ; alors n’hésitez pas à utiliser la possibilité de commentaires en bas de page ou par mail via la page contact.

 

 


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  1. Grandir avec le client – Editions d’Analyse Transactionnelle, CD []
  2. Le circuit du sentiment parasite, un modèle d’analyse – Classiques d’Analyse Transactionnelle, Vol. 1, p. 185 – Prix Éric Berne []
  3. ibid []
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