TableauRéussir avec l’école – Une affaire de climat

Que savons-nous des conditions de la réussite scolaire dans un système de scolarisation de masse ?

Un établissement scolaire est une unité administrative, sociale et pédagogique. Son efficacité se mesurera à sa capacité à satisfaire les objectifs assignés en fonction des moyens disponibles.

L’ objectif de l’établissement à un premier niveau est de garder les enfants pendant que les parents travaillent. À un deuxième niveau, il a

  • une fonction sociale : assurer l’apprentissage de la vie sociale et la promotion sociale en réduisant l’influence des conditions socio-professionnelles,
  • une fonction économique de qualification et de certification en vue des emplois futurs
  • et enfin une fonction culturelle de transmission et de production d’une culture, qui est une manière propre de comprendre le monde, de s’y adapter et d’y développer son autonomie.

A d’autres niveaux, les établissements ont à faire vivre et travailler ensemble des jeunes et des adultes, ces adultes ayant différents statuts et différentes fonctions.

La notion même de réussite revêt en France des particularités :

  • tendance à sacraliser le diplôme ou le titre scolaire,
  • difficulté à prendre en compte les compétences acquises en cours de vie professionnelle,
  • pas de reconnaissance de la pluralité des formes de la réussite,
  • référence à des modèles standard d’excellence dans les pratiques d’évaluation,
  • les verdicts scolaires entraînent l’exclusion d’un nombre élevé de jeunes qui ont notamment mal supporté les apprentissages formels et les apprentissages trop théoriques.

Le résultat, c’est qu’il ya beaucoup d’attentes à l’égard de l’école et beaucoup d’agressivité aussi et d’anxiété chez les jeunes, les parents et les employeurs.

De nombreux travaux sur l’échec et la réussite scolaire dans tous les pays occidentaux ont montré les différents facteurs positifs ou négatifs qui dépassent largement les caractéristiques socio-professionnelles et l’implantation géographique.

  • Les travaux américains mettent en évidence des éléments concernant le climat qui sont déterminants dans la réussite : atmosphère favorable à l’étude, leadership éducatif exercé par le chef d’établissement, culture positive, coopération entre les enseignants et le leader éducatif, participation des parents et soutien de la communauté.
  • Aletta Grisay à la suite d’une recherche sur 64 écoles bruxelloises, avec comparaison entre les performances attendues d’une population scolaire et réussite réelle aux tests de connaissance et aux examens, a mis en évidence des profils de réussite qui sont différents selon que la population scolaire est défavorisée ou non : pour les populations défavorisées, le fonctionnement pédagogique peut être progressiste ou traditionnel, ce qui compte c’est un climat chaleureux de la vie scolaire. Dans l’étude qu’elle a conduite sur 60 collèges français, elle identifie trois facteurs qui influent sur la qualité de l’établissement :
  1. le climat (type de discipline)
  2. la conception de la manière d’enseigner, saisie par le niveau d’exigence des professeurs et leurs conduites d’évaluation des élèves.
  3. la relation entre les enseignants et les élèves.

Un bon établissement populaire a des enseignants exigeants. Les élèves y sont guidés, encadrés, contrôlés dans leur travail, mais aussi soutenus et encouragés par des professeurs « amicaux ».

Un bon établissement bourgeois a des exigences scolaires fortes, un climat relationnel impersonnel et un climat collectif sévère.

Pour François Dubet il y a le lycéen traditionnel qui a, avec les études, un rapport de détachement et de mise à distance. Il n’attend rien de la culture scolaire pour l’enrichissement de sa personnalité et la qualité de sa vie présente. Pour lui la scolarité est un ticket d’entrée pour les formations ultérieures.

Le nouveau lycéen, en revanche, qui est issu des milieux populaires, fonctionne à l’affectivité et ne travaille bien que s’il aime le prof et si celui-ci le prend en charge et le sécurise. Il attend de l’enseignant qu’il lui donne les moyens de réussir l’examen, mais aussi qu’il l’encourage et ne lui fasse pas sentir sa supériorité.

On voit le rôle du Parent Nourricier du professeur dans la réussite de ses élèves de milieu populaire.


Regardons l’établissement comme un système :

Les frontières externes et internes :

La frontière externe se pose en termes d’espace (où commence et finit le lycée ?) de temps (quand commence et finit le temps où l’on est au lycée ?) et de personnes (qui fait partie du groupe ou des groupes constituant le système lycée ?).

La frontière majeure interne sépare les lycéens des personnes chargées de l’enseignement, de l’encadrement et de l’entretien. La distinction n’est pas entre adultes et non-adultes mais entre salariés et utilisateurs.

A l’intérieur du groupe des salariés, d’autres frontières à gérer qui sont des frontières mineures internes.

Le chef d’établissement et son équipe doivent gérer l’espace, le temps mais aussi la communication entre les nombreux groupes. Or entre ces groupes qui s’ignorent et parfois connaissent mal leur environnement, beaucoup de jeux psychologiques se déroulent, nés parfois d’une gestion des signes de reconnaissance peu satisfaisante.

Les règles et la discipline : certaines règles sont les mêmes pour tous les établissements, celles qui concernent l’obligation scolaire par exemple. Certaines sont particulières à l’établissement. La manière dont est appliquée la règle influence le climat : si la sécurité est nécessaire pour apprendre, si la stabilité du groupe et l’assiduité aux cours sont un facteur d’équilibre, la discipline est l’élément fédérateur, le champ dans lequel tous les acteurs entrent en relation. Elle peut être appliquée de manière persécutrice ou positive.

Le rôle du leadership : La direction représente l’intérêt général. Elle structure la vie scolaire pour assurer le climat favorable au travail. Elle assure la « clôture », c’est à dire la spécificité du lycée avec ses règles face à l’environnement, d’où l’importance des choix concernant le traitement des absences, de la ponctualité, l’introduction d’éléments étrangers à l’établissement, l’évaluation. Il y a une spécificité des buts et des comportements scolaires. L’école organise l’apprentissage de la vie sociale dont l’environnement ne se charge pas.

En conclusion, le modèle d’organisation plutôt démocratique, le style de leadership plutôt positif, le souci de cohérence et la prise en compte de la dimension affective contribuent à la réussite de l’établissement.

On comprend l’importance de la prise en compte de la frontière externe qui doit être assez souple mais pas poreuse, des frontières internes entre les groupes et des jeux autour de ces frontières.

Pour les réduire, faire circuler de l’information et expliciter les contrats. Penser à gérer les signes de reconnaissance : les professeurs, mais aussi les personnes de service sont sensibles au degré de satisfaction de la communauté éducative. Ils ont besoin d’être appréciés.

Lors des oppositions entre les groupes, s’appuyer sur les valeurs partagées, accepter la diversité des points de vue comme le produit d’histoires personnelles différentes et comme une source de richesse.

Utiliser la formation continue pour apprendre à communiquer et pour stimuler notre créativité afin de faire des lieux de travail des lieux d’enrichissement, de réussite personnelle et professionnelle et de confiance en l’avenir.

L’Analyse transactionnelle peut nous aider à y réfléchir et à intervenir avec OKNESS.

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