Préfaçant le livre de Fatima Besnaci-Lancou, « Des Vies. 62 enfants de Harkis racontent« , Boris Cyrulnik écrit ceci :

« Qu’allez-vous faire de cette souffrance ? Allez-vous vous soumettre ? Allez-vous pleurer ? Allez-vous faire une carrière de victime, comme on vous y encourage ? On vous donnera une petite pension, mais taisez-vous. Et encore, si on vous donne une pension, c’est bien, parce que la France est généreuse. Alors, en échange, taisez-vous. À ce moment là, la réaction, c’est de se demander quel est votre espace de liberté. Quand je dit « votre », je parle aussi de moi ».

« Qu’est-ce que vous avez fait de ce qu’on a fait de vous ? »

« Quand on arrive au monde, on doit appartenir à une langue, à une famille, à une culture. On doit apprendre les chansons de sa culture, les repas, les plats, les rituels religieux ou laïques pour appartenir à une famille, pour appartenir à une culture. C’est nécessaire pour constituer son identité et savoir comment se comporter dans la vie. C’est délicieux, car si on partage les mêmes rituels, on va s’aimer. C’est délicieux car on appartient à une famille et à une histoire. C’est dangereux, car si on clôt le système, on va n’appartenir qu’à cette langue, qu’à cette culture ou à cette famille, et on risque alors d’ignorer ou de mépriser les autres. »

Que de choses sont dites en peu de mots ! Et un texte qui, bien que dédié aux Harkis et à leurs descendants, ne souffre pas d’être sorti de son contexte.

Qu’est-ce que vous avez fait de ce qu’on a fait de vous ?

C’est ce que j’appelle un beau compromis. Entre ceux qui s’imaginent être maîtres de leur destin, qui pensent pouvoir faire tout et son contraire pourvu que la volonté en ait le désir, ceux pour qui l’inconscient n’existe pas, pour qui la vie est linéaire… et ceux qui se vivent enfermés dans une histoire, un passé, un déterminisme aux origines multiples forcément irrémédiable, ceux qui concluent souvent « qu’est-ce que j’y peux, je suis comme ça, j’ai toujours été comme ça« , ceux qui abdiquent, ceux qui jurent et attendent l’Après pour demander deux mots d’explication… Il y a ce mélange qui intègre à la fois le passé, ce qui nous a construit, qui reconnaît que oui, prince et princesse aux mille richesses et mille promesses, nous avons été façonnés d’une façon qui peut paraître bien courte en comparaison… et notre capacité à changer aujourd’hui, à prendre nos responsabilités dans ce qui nous arrive, à prendre en mains ce petit laps de temps qui nous est imparti… quand même.

CatégorieAu fil de l'eau

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