Pourquoi et comment j’ai écrit « États du Moi, transactions et communication, savoir enfin que dire après avoir dit Bonjour » (InterEditions, 2004)

J’ai voulu écrire un livre sur la communication à destination d’un public curieux de comprendre de quoi est faite la communication interpersonnelle. J’ai exercé comme professeur de français et je suis une analyste transactionnelle passionnée par les possibilités offertes par le modèle des transactions, que je trouve sous-utilisé, et par les liens à faire entre l’AT et l’école de Palo Alto.

En tant qu’enseignante, je suis intéressée à la fois par le langage et par l’observation des aspects para-verbaux et non verbaux de la communication. Que se passe-t-il dans les échanges avec nos proches ? Quelle influence avons-nous sur ces échanges ? Pouvons-nous contrôler le verbal ? le non-verbal ? Comment établir une relation authentique avec les autres ?  Telles sont les questions auxquelles répondent en partie les deux modèles de la communication élaborés par l’école de Palo Alto et l’analyse transactionnelle. Je souhaitais les présenter tous deux et montrer leurs complémentarités, avec l’objectif de mettre en évidence comment ces modèles nous aident à comprendre nos échanges et à les modifier .

La théorie systémique, avec les cinq propriétés de la communication, postule d’abord qu’on ne peut pas ne pas communiquer et nous invite à regarder ce qui se passe entre les personnes comme un système où chacun prend sa part et qu’on peut analyser. Dans le flot d’informations dans lequel nous baignons, certaines relèvent du langage digital (verbal) et d’autres du langage analogique (signaux non verbaux de toute sortes) . Ces informations peuvent se renforcer ou se contredire. Dans le second cas, le message devient paradoxal.

L’analyse fine permet d’identifier les  niveaux de communication, celui du contenu et celui de la relation et de saisir les mouvements des partenaires : la définition de la relation, la position de chacun dans cette relation, comment cette définition de la relation l’emporte sur le contenu du message, comment chacun ponctue les faits selon sa conviction, attribuant à l’autre la responsabilité de ce qui va mal.

Rien n’avait été écrit, jusque là, de systématique sur l’application des propriétés de la communication définies par Paul Watzlawick dans « Une logique de la communication », alors que l’approche systémique est de plus en plus utilisée depuis une quinzaine d’années dans les domaines de la psychothérapie familiale, de l’entreprise et même de l’éducation. J’ai donc commencé par présenter les principes  de l’analyse systémique de la communication en les illustrant par des exemples et j’ai précisé comment les systémiciens interviennent professionnellement face à leurs clients en me référant aux écrits des auteurs de l’école de Palo-Alto.

J’ai abordé ensuite le modèle des transactions. Les auteurs de référence sont Éric Berne et Stephen Karpman.

Éric Berne, dans « Que dites-vous après avoir dit bonjour » a insisté sur la variété et la multiplicité des transactions possibles entre deux interlocuteurs ayant chacun trois états du moi : plus de six mille. Il a aussi décrit les huit interventions depuis l’Adulte dans  « Principes de traitement psychothérapique en groupe » consacré à la pratique de la thérapie. L’article sur « La gamme des 24 réponses possibles »1 de Stephen Karpman explique comment croiser les transactions dans les situations verrouillées. Cette démarche implique que nous pouvons agir consciemment sur nos propos et notre attitude. Elle s’applique aussi aux situations de la vie quotidienne. Dans mon ouvrage, je souhaitais montrer à quelles conditions et comment c’était possible.

J’ai donc exposé systématiquement, en les illustrant, les différentes sortes de transactions :

  • Les transactions simples où les niveaux verbaux et non-verbaux, sociaux et psychologiques se confondent, qui peuvent être complémentaires ou croisées,
  • Les transactions complexes avec leur niveau psychologique qui n’est pas forcément négatif, mais qui échappe le plus souvent à la conscience. C’est ce niveau psychologique qui l’emporte dans la communication.
  •  Les transactions angulaires qui font partie des transactions complexes et sont souvent ignorées, à l’exception de la transaction du vendeur dessinée par Berne.

La théorie des transactions nous permet à la fois de repérer et caractériser ce qui se passe entre les personnes. A l’inverse des jeux psychologiques et des relations de parasitage, les relations de type symbiotique n’avaient pas encore été dessinées (en AT on dirait « diagrammées »). Je suis la première à l’avoir proposé. De même, pour les jeux de pouvoir. 

Les transactions sont caractéristiques dans chacune de ces relations piégées. On peut anticiper sur les échanges à suivre, mais aussi en changer le cours, une fois qu’on les a repérées, en  modifiant délibérément nos propos et notre attitude : entre adultes, les messages formulés depuis l’état du moi Parent des interlocuteurs sont jugés insupportables dans la vie sociale. Ils enclenchent des jeux de « Défauts », « Je te tiens » ou « J’essaie seulement de vous aider ». Nous avons tous entendu des commentaires du genre : « J’en ai assez qu’on me donne des leçons ! Pour qui se prend-il (ou se prend-elle) ? ». Une des difficultés de la formation d’adultes vient de la nécessité d’aborder les adultes en stage en leur parlant comme à des égaux et non comme à des élèves.

Dans mon livre, j’ai donc voulu explorer les grands modèles de relations piégées, mais aussi les possibilités de la communication directe, commandée par l’Adulte. Elle peut être formulée depuis l’Adulte ou depuis un autre état du moi : la communication professionnelle emprunte beaucoup de voies.

J’ai étendu le champ des transactions aux aspects sociaux et professionnels de la communication, avec prise en compte des rôles, et j’ai réintégré, dans le savoir faire professionnel, non seulement les transactions croisées, mais les transactions angulaires et à double fond, ce à quoi nous a incités Éric Berne lui-même. Parlant des transactions à double message, n’écrivait-il pas dans « Que dites-vous.. ? » : « Quiconque a appris à reconnaître un état du moi en action pourra rencontrer beaucoup de ces combinaisons dans des situations cliniques ou personnelles . »

J’ai pris position dans la controverse sur la communication comme manipulation et sur la recherche de l’influence sur autrui et tracé les grandes lignes d’un modèle de communication pertinente et positive, allant dans le sens de l’efficacité et du respect des différences.

Pour rendre cet ouvrage vivant et utile, j’ai présenté de manière progressive les concepts qui touchent à la communication et je les ai illustrés par des situations de la vie familiale et professionnelle. Les solutions des exercices proposés sont placées en fin d’ouvrage et commentées.

Dernier point important : l’Analyse Transactionnelle se situe dans une histoire, celle des grands courants de pensée de l’après-guerre. Éric Berne, Milton Érickson, Grégory Bateson, Don Jackson  étaient contemporains. Ils ont tous cherché l’efficacité et préconisé les thérapies brèves. Un tableau chronologique des travaux des inventeurs contemporains de Berne les situe dans le temps, en fin d’ouvrage. 


  1. Classiques d’Analyse transactionnelle, Vol. n°2, p. 194-201 []
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