Une transaction c’est un échange de signes de reconnaissance, verbal ou non verbal, entre deux personnes, c’est-à-dire un stimulus et une réponse à ce stimulus. La grille de lecture proposée par Éric Berne permet, à partir d’un découpage simple, de penser avec beaucoup de pertinence la façon dont nous sommes en rapport les uns avec les autres. Avant d’aller plus loin, je vous conseille de lire au préalable l’article consacré aux États du moi.

Éric Berne1 a distingué trois différents types de transactions et trois règles de la communication.

Quels sont les différents types de transactions ?

  • Les transactions simples complémentaires : l’État du moi « visé » est celui qui répond. Ici, les vecteurs sont parallèles. La première illustration est un échange de type A-A qui pourrait être : « Quelle heure est-il ? – Il est 18h00″, et un autre échange de type P-E : « Tu ne dois pas sortir sans ta montre – Oui, mais là je l’ai oubliée« .

Transactions complémentaires

  • Les transactions simples croisées : l’État du moi « visé » n’est pas celui qui répond, ou/et l’État du moi en réponse « vise » un autre État du moi que l’État du moi émetteur. Les vecteurs, le plus souvent, ne sont pas parallèles ils se croisent, mais pas nécessairement. Voici une première illustration : une personne, à partir de son Adulte, s’adresse à une autre en visant son Adulte, mais celle-ci répond vers le Parent à partir de son Enfant : « A quelle date viens-tu me voir? » – « Tu vas m’en vouloir si je ne viens pas ? » Et un second de type AA/PP : « As-tu vérifié les données du tableau ? » – « C’est à ça qu’on reconnaît les vrais professionnels, non ? ».

Transactions croisées

  • Les transactions cachées ou à double-fond : ce sont des transactions dites complexes parce qu’une seule phrase comporte ici deux messages. Le premier message est appelé le message social, ce sont les mots prononcés, ce qui est dit verbalement. Le second est le message caché ou psychologique, ce sont « les mots » que l’on ne dit pas verbalement, mais qui peuvent – ou non – être très bien « entendus » par son interlocuteur. L’une des formes bien connues de ce type de communication sont les sous-entendus. Dans la première illustration, la personne émet un message social à partir de son Adulte vers l’Adulte de son interlocuteur (représenté par un vecteur continu) et un message caché à partir de son Parent vers l’Enfant (représenté par un vecteur en pointillé). Cela donne par exemple pour un couple qui découvre ses différences dans une nouvelle vie en commun : message social AA « Tu ne ranges pas tes chaussettes propres ? » et un message caché PE « Les chaussettes propres et repassées doivent être rangées dans un tiroir ». Dans le second schéma, le message social est aussi de l’Adulte vers l’Adulte mais le message psychologique part de l’Enfant et « vise » l’Enfant : c’est le fameux « Tu veux venir prendre un dernier verre chez moi ? », message social AA lancé à minuit entre deux personnes qui s’attirent sans se le dire encore et un message caché EE « Tu veux passer la nuit avec moi ? ». Si le verre est accepté, il y a de grandes chances que cela inclue aussi le café du matin…

Transactions cachées

Quelles sont les trois règles de la communication ?

  • Quand les vecteurs sont complémentaires, la communication peut se poursuivre indéfiniment (« Dis-moi à quelle heure est ton train ? A 20h, tu peux venir me chercher ? Oui, tu penses à me rapporter mon livre ? Oui, il est déjà dans mon sac… »).
  • Quand les vecteurs se croisent, la communication change : soit elle s’arrête, soit elle continue mais à la condition que l’un des interlocuteurs change d’État du moi et restaure ainsi le parallélisme : « À quelle date viens-tu me voir ? » (A→A), « Tu vas m’en vouloir si je ne viens pas ? » (Enfant qui « vise » un Parent Nourricier) → par exemple : « Mais non, bien sûr tu viendras quand tu pourras » (réponse du Parent Nourricier vers l’Enfant), mais il est difficile de donner une réponse à partir de l’Adulte.
  • Dans les transactions cachées, c’est la prise en compte – et donc la réponse complémentaire – au message psychologique, et non au message social, qui détermine la continuité, la fluidité de la communication. Dans l’exemple du « dernier verre », si la réponse est oui et que votre interlocuteur s’en va après son verre en disant merci, vous serez sans doute quelque peu désarçonné(e)… Vous « entendiez » bien le oui comme une réponse à votre message caché ! Dans ce cas, la réponse aurait pu être « Alors juste un verre », sous-entendu non au message caché (et non qu’il/elle n’a pas très soif) : et vous étiez fixé. En revanche, si la réponse est non, bien qu’il/elle ne réponde qu’à propos du verre, vous devrez sans doute réenvisager la relation…

À noter :

  • Le cadre dans lequel s’instaure la relation conditionne la nature des transactions échangées. « Salut, ça roule ? » peut se dire à un ami, moins à un patron… De telle sorte qu’à l’inverse, la transaction me renseigne sur la nature de la relation.
  • Dans un jeu psychologique, il s’agit d’échange de transactions cachées parallèles, lorsque survient le coup de théâtre, c’est.. une transaction simple croisée !
  • Les transactions cachées peuvent être tout à fait adaptées : dire quelque chose de manière diplomatique, jouer sur le sous-entendu pour faire de l’humour…

Pour aller plus loin :

  • Après la lecture de cet article et de celui sur les États du moi, vous pouvez commencer à « faire votre oreille », à écouter ce qui se dit autour de vous, à chercher la nature des transactions et celle des États du moi fonctionnels à l’œuvre.

  1. Que dites-vous après avoir dit Bonjour? Tchou []