↑ Retour à Les grands concepts

Les méconnaissances

Le concept a été créé par Aaron et Jacqui Schiff1 au début des années 1970 et approfondi par Ken Mellor et Eric Schiff2. C’est un concept qui, une fois encore, est en lien avec l’intrapsychique et le comportemental. Il s’avère très efficace dans un certain nombre d’applications, notamment pour la résolution de problèmes.

  • Commencez par ce savoureux extrait, il ne doit pas vous être inconnu :

Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu’il y a en cette plaine, et, dès que Don Quichotte les vit, il dit à son écuyer : « La fortune conduit nos affaires mieux que nous n’eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelques peu plus démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous, et de leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir : car c’est ici une bonne guerre, et c’est faire grand service à Dieu d’ôter une si mauvaise semence de dessus la face de la terre.

- Quels géants ? dit Sancho.

- Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d’aucuns les ont quelquefois de deux lieues.

- Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.

- Il paraît bien, répondit Don Quichotte, que tu n’es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille .3

Vous me direz peut-être que Don Quichotte était un peu fou et que dans ce cas rien d’étonnant à ce qu’il voit des moulins ? À quoi je vous répondrais que Don Quichotte est loin d’être le seul à se battre contre des moulins… Et que c’est ça une méconnaissance : prendre des moulins pour des géants. Ou des géants pour des moulins.


Qu’est-ce qu’une méconnaissance ?

C’est un mécanisme inconscient qui nous conduit à ne pas voir la réalité telle qu’elle est. Elle se manifeste par des phrases qui sont des généralisations – ou des minimisations – ou encore de la grandiloquence et de l’emphase.

Exemples :

  1. « Ça m’étonne pas, tous les garagistes sont des voleurs  » : si pour certains cette phrase a le goût et l’odeur de la vérité, ce n’en est bien entendu pas une.
  2. « 10 pages à taper ! Mais j’y arriverai jamais !  » : ce qui est à nouveau faux, ce n’est sans doute qu’une question de temps. Ce qui pourrait être juste serait par exemple : « Mais je n’y arriverai jamais en cinq minutes « .
  3. « Ouh làlà, ben vé, c’est que c’est pas la porte à côté Aubagne  » : évidemment à pied depuis le Vieux Port ça se discute…

Les clichés sont ainsi par définition des méconnaissances de la réalité, puisqu’il s’agit de généraliser le particulier.

Les méconnaissances sont argumentées. C’est la différence avec une simple ignorance de la réalité. Dans ce dernier cas, vous ne savez pas, je vous donne l’information, vous la prenez (ou pas). Si c’est une méconnaissance la perception tronquée de la réalité n’est pas une simple erreur mais une construction de la réalité personnelle à laquelle la personne tient et qu’elle est prête à justifier. De fait, ses arguments sont inexacts mais suffisent à valider, à ces yeux, sa croyance. C’est pourquoi il peut être difficile de faire prendre conscience à quelqu’un qu’il est en pleine méconnaissance.

Exemples :

  • « L’amour c’est uniquement une question de phéromones « , « Je ne pense pas que ce soit uniquement cela « , « Si, c’est mon père qui me l’a dit et il est médecin « .
  • « Les dix personnes qui sont venues sont toutes des spécialistes de la question, je n’ai aucune chance de me faire entendre « , « Non, je vous l’ai dis seules deux personnes le sont « , »Oui, enfin c’est pareil « .

Pourquoi fait-on des méconnaissances ?

Pour de bonnes raisons ! Sinon on ne les ferait pas. Construire notre propre réalité, voir les choses comme ça nous arrange nous permet de ne pas remettre en cause notre vision du monde ou des autres, de ne pas toucher à nos croyances, à notre cadre de référence. C’est aussi un excellent moyen pour ne pas voir ou ne pas résoudre un problème (voir passivité ).

Comment ce concept peut-il aider à la résolution d’un problème ?

Évidemment ne pas appréhender la réalité telle qu’elle est peut être protecteur mais peut aussi engendrer certains problèmes. On peut imaginer qu’à l’inverse si vous êtes face à un problème c’est que vous êtes confrontés à une méconnaissance dont vous n’avez pas conscience et dont la levée serait par voie de conséquence un premier pas vers la résolution du problème.

Voici une méthodologie qui peut aider à lever une méconnaissance. Seul c’est difficile, il est nécessaire d’avoir un regard extérieur pour voir sur quoi porte la méconnaissance :

  • sur l’existence du problème, sa signification, sur les possibilités de changement, ou sa capacité personnelle de changement.

Exemple :

  1. Existence du problème : « Tu sais quoi, je me marie le mois prochain « , « Ah bon, mais tu en es à ton 6e divorce « , « Et alors ?  » (méconnaissance sur: Où est le problème ? C’est enfin la bonne !)
  2. Signification du problème : « Oui, je me marie pour la 7e fois, je me rends bien compte qu’il y a un problème, mais bon tant pis, c’est comme ça  » (conscience du problème, méconnaissance sur les conséquences)
  3. Possibilités de changement : « Oui, j’en suis à mon 7e mariage, je me rends compte que je peux pas continuer comme ça. Je suis malheureux, mes enfants aussi, la situation est ingérable, je n’ai plus d’argent avec toutes les pensions… Mais qu’est-ce que je peux faire d’autre ?  » (conscience du problème et de sa portée, méconnaissance sur d’autres façons de faire)
  4. Capacité personnelle à amener le changement : « Oui, ce problème a beaucoup d’impacts sur ma vie. Tout le monde est malheureux. Je pourrais commencer par vivre avec quelqu’un sans me marier. Ou vivre un peu seul. Ou commencer une thérapie. Mais je n’ai ni le temps, ni l’argent et puis je n’ai jamais vécu autrement ! » (conscience du problème, de sa portée et que d’autres façons de faire son possible, méconnaissance sur ma capacité à agir autrement)

Il est essentiel de bien cibler le niveau de méconnaissance : il est impossible de prendre conscience d’un niveau 4 ou 3 si la méconnaissance porte sur le niveau 1 ou 2.

À noter :

  • Une méconnaissance peut porter sur soi-même (ignorance de ses propres limites par exemple), sur les autres ou sur le monde.

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 8.0/10 (2 votes cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: +1 (from 1 vote)
Les méconnaissances, 8.0 out of 10 based on 2 ratings
  1. Passivité , Classiques AT, Editions AT, Vol. 2, p. 139 []
  2. Méconnaissances , ibid., p. 151 []
  3. Cervantès, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche , Folio Classique, Vol.1, p.113 []

2 pings

  1. Pourquoi une situation nous bloque ? Les méconnaissances | Coaching managérial | Scoop.it

    [...] Pourquoi une situation nous bloque ? Les méconnaissances From http://www.analysetransactionnelle.fr – Today, 11:11 AM Bienvenue à vous sur AnalyseTransactionnelle.fr, le site dédié à l’AT… de A à Z ! Michel CEZON’s insight: [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *