Voici trois situations, n’hésitez pas à prendre le temps de les lire et de les imaginer :

  1. Vous vous étiez endormi et à présent vous ouvrez les yeux. Il fait totalement noir, vous n’entendez pas un bruit, vous êtes seul et vous ne savez pas où. Lorsque vous étendez les bras autour de vous, rien. Vous vous levez, faîtes quelques pas prudents, mais toujours aucun autre contact que le sol dur. Au bout d’un moment, vous risquez un appel : personne ne vous répond. Ça fait longtemps maintenant que vous marchez, mais tout est désespérément noir et vide… Je sais pas vous, mais moi je commencerais à ne pas me sentir très très bien… Et puis tout à coup, toujours dans le noir et le silence, vos mains viennent se poser sur ce qui semble être un mur ! Vous décidez de le suivre : vous n’êtes peut-être pas entièrement rassuré, mais déjà vous allez mieux1.
  2. À présent, vous êtes dans une pièce aux murs blancs (où noirs mais c’est pour changer un peu), éclairée par l’électricité, dont vous ne distinguez pas les contours. Personne d’autre que vous. Et pas un son ne parvient à vos oreilles. Aucune odeur. Pendant longtemps. Vos yeux sont éblouis par tout ce blanc sans contraste, vos mains endolories à force de ne (quasiment) rien toucher. À un moment, là encore vous ne vous sentirez probablement pas très bien. C’est d’ailleurs ce qu’on appelle la torture par la privation sensorielle.
  3. Cette fois, vous êtes au grand jour, dans une rue… et vous n’êtes pas seul ! Chouette des gens ! Sauf que étrangement personne ne vous regarde, ne fait attention à vous. Étrange… Vous faîtes un sourire, personne ne vous le rend, vous demandez l’heure, la personne passe son chemin comme si de rien n’était… Vous avez alors la désagréable sensation d’être transparent(e), voire de ne pas exister2.

Voilà, c’est tout ! Détendez-vous, prenez une grande respiration et… voyons la suite.

Éric Berne3 s’est interrogé sur nos besoins de base, qu’il a appelé « soifs » par analogie à la nutrition. Avons-nous, au-delà de l’eau, de la nourriture ou de l’air, d’autres besoins aussi importants, et donc vitaux, que ceux-là ?

Quels sont nos besoins de base ?

  1. La soif de structure : c’est le besoin d’avoir des limites. C’est en effet rassurant, de savoir que l’on ne peut pas tout faire. C’est également le besoin de structurer le temps d’une journée… Comme celui d’une vie, de savoir comment occuper ce temps entre notre naissance et notre mort. Songez à l’ennui, à ces changements de vie (un licenciement qui bouleverse votre rythme : et demain que vais-je faire ?). Or, cette soif est à la fois « mentale« , mais également physique : revoyez un adolescent qui vient vous dire pour la énième fois « j’sais pas quoi faire« , on peut dire de lui qu’il est « mou » ; son dos est courbé, les épaules sont tombantes… Il s’affale à présent… Structurer son temps c’est aussi un besoin biologique, comme la nourriture.
  2. La soif de stimulation : c’est le besoin de « nourrir » ses cinq sens, de se sentir au contact du monde et de la vie. Comparez n’importe quel bureau fermé sans fenêtre et le même avec une fenêtre… Ça change tout, non ? A l’inverse, des bureaux en open space risquent de « suralimenter« . Petit conseil : quand vous vous sentez déprimé, ne restez pas chez vous, allez marcher, prendre un café, même seul(e) ; vous nourrirez votre soif de stimulation, vous vous ferez du bien.
  3. La soif de reconnaissance : c’est le besoin de se sentir reconnu par l’Autre. Cela va du simple retour que j’attends lorsque je dis bonjour à quelqu’un, à l’amour que je peux lire dans les yeux de mon amie. Cette soif « s’étanche » par les signes de reconnaissance. La soif est variable selon chacun, certains vont avoir de grands besoins de reconnaissance : ils pourront devenir comédiens et être applaudis tous les soirs par un public conquis – ou ennemi public n°1 – d’autres moins : ils pourront travailler en tant qu’archivistes ou à leur domicile.

À noter :

  • Une grande partie de notre activité quotidienne est orientée – que nous en ayons conscience ou non – vers la satisfaction de ces trois soifs : savoir quels sont nos besoins nous aide à les satisfaire plus efficacement et à nous maintenir en bonne santé morale et physique.

Pour aller plus loin :

  • Quels peuvent être les besoins satisfaits lorsque l’on est devant la télé ou internet (chats, réseaux sociaux…) ?
  1. A. Crespelle, Grandir avec le client, CD []
  2. A. de Louise, conférence []
  3. Des Jeux et des Hommes, Stock, p. 13 et suiv. []