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La passivité

La passivité, telle qu’elle vous est présentée ici, fait partie du triptyque passivité, méconnaissance et symbiose conçu par Aaron et Jacqui Schiff dans le courant des années 1970.

Voici une illustration de l’une des formes de passivité :

[Linda s'apprête à quitter son mari et l'interpelle :] Harry, est-ce que cela te laisse indifférent ? – Il aurait tant voulu lui tendre la main, lui demander – la supplier – de ne pas partir, mais il se sentait sans force, accablé de douleur et de désespoir, en proie à un découragement incompréhensible et pitoyable qui s’était abattu sur ses épaules et l’étouffait peu à peu, tel un serpent. Il sentait son regard posé sur lui, et, plus il fixait le sol, plus il se sentait incapable de lever la tête vers elle et de la regarder en face. Linda attendit ses protestations d’innocence pendant une éternité, mais, devant son mutisme, elle se décida finalement à agir. Elle alla dans la chambre, mit rapidement quelques affaires dans une valise (…). Pendant qu’elle faisait sa valise, Harry l’entendit respirer, soupirer, aller et venir, puis il sentit sa présence à ses côtés et son regard posé sur lui, sentit qu’elle s’éloignait, entendit la porte se refermer et la voiture s’éloigner… Il n’y eut rien pour l’empêcher de partir. Et il n’y eut rien pour l’empêcher, lui, de rester assis. De fixer le sol.1


Qu’est-ce que la passivité ?

La passivité est un ensemble de comportements dont la raison d’être pourrait se résumer ainsi : « Comment puis-je m’y prendre pour ne pas résoudre ce problème ?  ». Bien entendu, ce n’est pas une question consciente : seul un observateur extérieur peut se rendre compte que, quoi que fasse la personne, le problème demeure alors qu’une solution est possible.

On distingue quatre comportements passifs.

  1. L’abstention : la personne est passive au sens premier. Elle ne fait rien.
  2. La suradaptation : la personne fait quelque chose, mais l’action ici n’a pas pour objectif de résoudre le problème mais de faire ce qu’elle imagine que l’autre attend d’elle.
  3. L’agitation : la personne « s’agite », elle est nerveuse, ne tient pas en place : elle manifeste souvent sa présence par des bruits parasites.
  4. La violence ou « l’incapacitation«  : la personne devient violente et blesse l’autre ou soi-même (incapacitation : anglicisme qui a pour ambition de faire passer l’idée d’incapacité).

 

Exemple : Un employé doit rendre une note sur un rapport pour le lendemain, date limite, et à ce jour rien n’est fait.

  1. Abstention : il regarde par la fenêtre, fais des petits dessins sur une feuille…
  2. Suradaptation : il compile les rapports des cinq dernières années sur ce thème parce qu’il imagine que son patron apprécierait un petit préambule contextuel, ou il retape le rapport en supprimant les fautes d’orthographe en se disant que ce sera toujours utile…
  3. Agitation : il regarde ses mails pour la 15e fois en cinq minutes, téléphone à Pierre, à Paul, relis pour la 10e fois la première page du rapport en tapotant son bureau avec son stylo ou avec son pied, va chercher un café, revient…
  4. Violence et « incapacitation » : tout d’un coup il se lève, se rend chez son patron et lui envoie le rapport à la figure et criant « J’en ai marre de ces rapports de … » ou alors il tombe malencontreusement dans l’escalier et se brise les deux poignets.

Dans ces quatre cas, non seulement la personne n’a pas fait le travail attendu, mais elle ne s’est même pas mise en mesure de le faire d’une manière ou d’une autre (anticiper, demander conseil, etc.) : nous retrouvons ici une méconnaissance sur l’existence du problème.

 À noter :

  •  La passivité est une sorte de blocage où l’énergie n’est pas orientée vers la réalisation souhaitée. Ce « détournement d’énergie » suit ainsi souvent l’ordre indiqué (1→4) : au début la personne méconnaît purement et simplement son énergie, ensuite elle la met à la disposition de son « imagination », puis, l’énergie s’accumulant sans être utilisée, elle ne peut plus ne pas en prendre conscience mais ne sait toujours pas qu’en faire, enfin l’énergie se « décharge » contre soi ou les autres.
  • Il est possible d’être passif face à une situation problématique ponctuelle, mais il est aussi possible que pour certaines personnes la passivité soit un mode de fonctionnement relativement permanent.

Pour aller plus loin :

  •  Quel(s) lien(s) faites-vous entre comportements passifs et symbiose ?2

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  1. Hubert Selby Jr, Le démon, 10/18, p. 259 []
  2. Un comportement passif peut être une invitation symbiotique : je n’agis pas, agissez à ma place. []