Corinne, peux-tu nous dire quelle est la particularité de ton métier ?

La particularité de mon métier est d’utiliser le cheval pour accompagner mes clients dans leur travail de développement personnel.

Ceux-ci sont des particuliers, des consultants ou des managers. J’utilise l’effet miroir du cheval pour leur permettre de s’interroger sur leurs schémas émotionnels, comportementaux ou managériaux. Je décrypte le comportement du cheval et cela me permet de leur donner des informations précieuses sur ce qui se joue dans leurs façons d’entrer en relation J’observe ce qu’ils disent «après avoir dit Bonjour au cheval» !

Comment en es-tu venue à développer cette activité ?

L’accompagnement des personnes et la connaissance des chevaux constituent mes deux pôles principaux de compétences. Cette activité est « la rencontre logique » de mes expériences professionnelles:

J’ai été agricultrice durant sept ans. J‘ai exploité une exploitation agricole de 95 hectares sur laquelle j’élevais 30 chevaux et 80 vaches allaitantes. Après 2001, suite à une reconversion professionnelle, j’ai co-crée et développé différentes sociétés (promotion immobilière, consulting, réseau RH, école de formations ). Je me suis professionnalisée aux ressources humaines et à l’accompagnement des personnes en suivant plusieurs formations dont une formation à l’analyse transactionnelle.

Finalement, de différentes manières, j’ai appris à développer et faire grandir !

Tu utilises l’analyse transactionnelle pour tes accompagnements, tu peux nous en dire plus ?

Oui, mes accompagnements intègrent l’analyse transactionnelle. J’ai démarré mon parcours en AT en 2003 et je suis engagée dans une démarche de certification européenne. L’AT est le cadre théorique que j’utilise pour mettre des mots sur ce que mes clients vivent dans l’interaction avec le cheval. J’utilise des concepts comme les États du Moi, le triangle dramatique, les permissions, les protections, les positions de vie, les méconnaissances, les émotions racket

Comment en es-tu venue à faire le lien entre ton métier d’éleveur, le cheval et l’AT ?

Lorsque j’étais éleveur, j’ai pu constater que mes chevaux et c’est aussi valable pour les vaches – mais je n’ai pas encore décidé de faire des ateliers avec celles-ci (sic) – n’avaient pas le même comportement avec moi selon les jours. Pourtant je les connaissais bien, je les travaillais quotidiennement et parfois, je ne parvenais pas à faire quelque chose de simple et connu avec eux… d’un jour à l’autre !

Je le constatais aussi concernant d’autres personnes. Au fil du temps, par des observations, en investissant une position OK+ / OK +, c’est-à-dire en partant du principe que « le cheval ne cherche pas forcément à nous contrarier et qu’il est loin d’être bête », j’ai compris que mes chevaux réagissaient différemment par rapport à moi, à mon humeur, à mes soucis, à mes croyances et aussi, par rapport à là où j’en étais dans ma vie. Pour parler AT, mes chevaux étaient capables, en une fraction de seconde, de faire mon diagnostic comportemental et social ! Durant ces années d’élevage, j’ai beaucoup appris sur moi et leurs capacités de feedback ! C’est cette expérience de terrain que je souhaite apporter à mes clients.

As-tu un exemple à nous donner de travail que tu as mené avec un de tes clients ?

Oui, par exemple, le cas d’un homme de 50 ans qui a souhaité faire un travail sur sa colère. Appelons le, Robert.

Robert m’explique qu’il entre régulièrement dans de « grosses colères » et que cela le gêne profondément.

Je lui propose un exercice tout simple : il doit se déplacer à pied avec le cheval en longe et lui faire faire un petit parcours (tous les exercices des ateliers se font à pied). Je constate, qu’à priori, tout semble tranquille dans le déroulement de son exercice. Sauf que par expérience des chevaux, je sens que ce « calme » ne durera pas.

En effet, Robert laisse régulièrement son cheval prendre le dessus, cela est très subtil. Pour la petite histoire, les chevaux testent ceux avec qui ils sont en interaction et ils testent de manière crescendo. Je vois le cheval le bousculer régulièrement « l’air de rien ». Robert ne réagit pas. Je sais que le cheval, si Robert continu à ne pas réagir, le fera encore, et encore et de plus en plus fort jusqu’à prendre complètement le pouvoir de la relation. Avec un animal de cette taille, ceci peut devenir dangereux. L’intérêt de l’exercice n’est pas qu’ils en arrivent à cette extrémité. J’exprime donc mon inquiétude à Robert quant à la « pérennité » de sa relation au cheval. Ceci le surprend. Je lui décris alors les moments où, objectivement, j’ai noté qu’il acceptait des attitudes de la part du cheval dommageables pour lui, et leur future relation. Robert m’explique consciencieusement qu’il explique plutôt les réactions du cheval comme un « copinage un peu musclé » Je lui répète que je n’y crois pas.

Finalement, Robert m’avoue qu’il a très bien perçu ce que je lui ai décris, qu’il préfère le voir comme un copinage car il ne se sent pas de faire autrement : se faire respecter et mettre des limites saines.

Nous travaillons donc sur son risque « à faire autrement ». Au bout de nos différents échanges, Robert prend conscience que son « émotion authentique » est la peur, peur de la réaction du cheval et qu’il ne se l’autorise pas. Il comprend que ce silence l’amène à coller des « timbres » et que sa grosse colère correspond au moment où il « liquide sa collection ». Il met des mots sur ce qu’est un « sentiment racket », que sa colère en est sûrement un. Ceci l’amène à entrer dans « des Jeux » où il récolte toujours les mêmes « bénéfices négatifs » : je ne suis pas à la hauteur et un autre sentiment racket : la culpabilité. Il comprend aussi que le fait de ne rien dire n’est pas une bonne stratégie à long terme et représente, de son côté, une sorte de contrat secret : il espère qu’en échange, les personnes (ici symboliquement présentées par le cheval) seront gentilles avec lui. Ce « contrat » est malheureusement secret et surtout unilatéral.

Robert reprend l’exercice avec le cheval. Cette fois-ci, il dit à quel moment il a peur, il investi son « État du Moi Adulte », nous discutons de quelles « protections » il a besoin dans sa relation au cheval, il se donne des « permissions » et teste ce que cela donne sur un animal de 800 kg. Le résultat est très impressionnant, nous n’avons plus le même Robert en face de nous ni le même cheval d’ailleurs !

Ce qu’a vécu Robert n’est pas conceptuel, il l’a vécu dans ses tripes.

Quelles sont les limites du cadre que tu proposes ?

Je me positionne en tant que coach et non en tant que thérapeute. Je ne fais pas de recherche dans l’historique de la personne. Cela n’est d’ailleurs pas forcément nécessaire. J’ai constaté que ce travail aide mes clients à vivre des prises de conscience significatives et rapides, porteuses de changement.

De mon côté, je reste toujours en lien avec leur État du Moi Adulte. Je les invite à aller chercher des informations dans leurs États du Moi Parent et Enfant pour comprendre ce qui se joue avec le cheval et je les aide à ajuster leur relation ici et maintenant, en se mobilisant sur l’élaboration de nouvelles stratégies gagnantes. Mon travail est double : traduire « en langage humain » le feedback très pertinent du cheval et ensuite accompagner mon client à en faire quelque chose de constructif pour lui en lien avec les enjeux personnels ou professionnels qu’il est venu travailler.

Du côté du cheval, celui-ci est un fabuleux partenaire. Il réagit dans l’ici et maintenant et n’a pas d’intention sur nous. Le cheval est insensible à nos stratégies inconscientes de « brouillage », « camouflage », « séduction », de « victimisation », d' »intimidation ». C’est pour nous, une fabuleuse opportunité d’apprentissage !

Il est un « maître d’apprentissage » car il permet aux participants d’expérimenter, de mettre en place des ajustements, de faire évoluer leurs comportements, leurs croyances jusqu’à ce que cela fonctionne. C’est le fait de pouvoir vivre ce processus de « tâtonnements / essais / réussite, dans un contexte protégé qui permet aux participants de s’ouvrir sur de nouveaux schémas comportementaux et ancrages positifs. Lors des ateliers, je mets un soin tout particulier à créer les conditions favorables à l’émergence de ce processus d’apprentissage !

Pour en savoir plus :

Une vidéo du travail proposé avec des enfants.

2014 © VRPS Consulting, par Pierre Cocheteux

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