Il était une fois un producteur-réalisateur, au demeurant fort sympathique, qui m’envoya un mail : « Je voudrais faire une série de vidéos sur l’AT, j’aime bien ce que vous faites, merci de me contacter« 

Voilà comment ça se passe :

  • il m’est proposé de préparer une dizaine de vidéos sur chacun des concepts de l’AT, de 4-5 minutes chacune avec illustrations, pertinence, pédagogie et humour,
  • le producteur-réalisateur tient la caméra.

« C’est fantastique comme système, je vous explique » me dit-il encore parce qu’un producteur ça aime bien expliquer : « Tout le monde y gagne :  l’internaute découvre, apprend gratuitement sans sortir de chez lui et vous, vous avez le plaisir de transmettre, de voir votre nom en bas de la vidéo« .

Ah ? Et le producteur-réalisateur ? Et le diffuseur ? Ils gagnent quoi eux ? La réponse est dans le contrat de cession de droits que je me suis vu proposer, je copie-colle tel quel :

J’autorise les exploitations suivantes de l’interview à laquelle j’ai participé ce jour dans le cadre des émissions de TVIllusions (j’ai changé le nom):

  • diffusion sur le site TVIllusions,
  • diffusion à titre commercial ou promotionnel sur les réseaux de diffuseurs (internet, TV, câble, satellite, téléphonie mobile, ou autres supports à découvrir)
  • exploitation de tout ou partie, sous forme de vidéocassette, de livre, de CD-Rom, de DVD, de VOD et sur internet, ou de tout autre support connu ou inconnu à ce jour, quelque soit le format. ()

Cette autorisation est donnée gracieusement pour une durée illimitée.

En un mot ; j’offre, ils récupèrent et revendent.

Je sais pas vous mais moi, si j’aime transmettre et si je peux volontiers travailler bénévolement, accepter que l’on se fasse de l’argent sur mon bénévolat c’est autre chose, en l’occurrence c’est non.

C’est ce que j’appellerais « l’économie des intermédiaires » : agriculture, banques, mafia, industrie du disque… où dans le cadre d’une pyramide inversée, vous avez  à la suite d’un producteur de « quelque chose » toute une chaîne d’intermédiaires qui en profitent… bien plus que lui.

« Ok, bien sûr, vous pouvez refuser, vous êtes le deuxième à le faire. Nous avons de toute façon déjà 700 vidéos prêtes » me dit l’Éloquent.

En visitant leur site, je m’aperçois que des « grands noms » n’ont pas hésité eux à signer (ou après hésitations). Pourquoi ? Parce qu’ils l’ont bien voulu, certes. Mais, bissai-je, pourquoi ?


Je précise tout de suite : je suis sûr que certains ont accepté en toute connaissance de cause. Mais je pense aussi, au regard des conditions contractuelles quelque peu déséquilibrées, que d’autres non et c’est aux motivations de ceux-ci que je m’intéresse ici.

Et je vous propose de les explorer à travers la notion de contrat en AT.

Claude Steiner, l’un des premiers analystes transactionnels, a proposé la réunion de quatre conditions, cumulatives donc, pour que l’on puisse parler de contrat (en AT) :

1. L’objet doit être légal :

Euh tiens c’est pareil en droit français. Petite incursion dans le domaine juridique puisqu’on y est, ici si l’objet est légal le contrat ne l’est pas : « Le droit d’auteur est né pour protéger les auteurs des éditeurs« , dixit mon ex-confrère Eolas, on ne peut pas tout céder comme ça. Enfin, le législateur l’interdit, mais rien ne vous empêche de signer. Et de contester ensuite quand TVIllusions aura revendu vos prestations contre monnaie sonnante et trébuchante.

Être attentif au contrat en AT, c’est se poser la question de sa légalité. Ce n’est pas du moindre intérêt. C’est ainsi le moyen d’être dans l’État du moi Adulte : bonne idée.

2. Le consentement mutuel :

Là encore on rejoint le droit français (dol, violence…) mais c’est également une invitation à vérifier que nous contractualisons avec les trois États du moi. Vous avez très envie de transmettre ? Oui, j’adore (Enfant Libre) ! Dans quelles conditions (Adulte) ?  L’Adulte est-il suffisamment informé ? Est-il contaminé ? – voir plus loin la juste rétribution – Pour quoi le faites-vous ? Quel est le sens pour vous ? Quelles valeurs mettez vous en œuvre se faisant (Parent) ?

Être attentif au contrat en AT, c’est interroger ses trois États du moi. Et les écouter.

3. La compétence :

Ici encore le gros de la vérification vous incombe. En effet, les compétences du  producteur-réalisateur sont facilement délimitables : savoir expliquer, signer et faire tourner une caméra. La qualité du sujet traité, la compétence de la personne interviewée ? Hop, une illusion qui tombe. Ce n’est pas son problème, je vous rappelle qu’à la télé il n’y a pas que Arte… Ce qui intéresse le producteur-réalisateur c’est le comportement de l’internaute (un peu comme l’audimat) : sur quoi va-t-il cliquer ? Deux moteurs agissent sur l’internaute : « le grand nom » ou le thème, ou les deux, mais pas nécessairement. Si l’internaute est content de la vidéo sur laquelle il tombe, tant mieux pour TVIllusions, si non il aura regardé au moins 20 secondes avant de zapper sur une autre vidéo : dans tous les cas, il est captif d’TVIllusions comme d’une grande chaîne de télé privée…

Être attentif au contrat en AT, c’est se poser la question de ses limites, de là où vous êtes à l’aise, de ce que vous pouvez faire ou non. À défaut, vous prenez un risque : vous pourrez toujours ensuite, lorsque vous vous apercevrez de vos erreurs a posteriori, demander à TVIllusions de retirer votre vidéo… qui ne vous appartient plus.

4. La juste rétribution :

J’ai gardé le meilleur pour la fin.  Imaginons le contrat légal, un consentement éclairé, une compétence pleine et entière (ce qui est déjà pas mal)  reste la question de la juste rétribution. Je fais quelque chose, qu’est-ce que j’obtiens en retour ? Il ne s’agit pas nécessairement d’avoir une rétribution égale à la prestation, ou de mettre de côté le bénévolat. C’est un critère qui vous invite à réfléchir au pour quoi vous le faites.

Alors pour quoi tourner ces vidéos ?

Pour son nom en bas de la vidéo ? Pour le buzz, les retombées commerciales que l’on peut imaginer de la diffusion de son nom pour la vente de son prochain livre ? La notoriété ? Le plaisir de transmettre ? Etc.

S’il n’y a rien, demandez-vous pourquoi vous voulez faire quelque chose sans rien « obtenir » en retour.

Pour ma part, c’est également ce point qui m’a fait refuser. Je n’ai rien à vendre, un site déjà connu et reconnu, nul besoin d’une notoriété pour mon nom. Le plaisir de transmettre ? Je vais m’y arrêter un instant parce que j’ai idée qu’il y a ici une méconnaissance de la réalité de l’internet qui peut tromper les interviewés.

Vous pouvez vous dire « Je peux consacrer quelques moments à ces vidéos, ce sera ma manière à moi de diffuser mon savoir, gracieusement (c’est beau) de surcroît« .

Oui, c’est beau comme une vitrine des Galeries Lafayette à Noël. On va voir plus loin ?

Faites l’essai. Allez voir l’un de ces sites (vous comprendrez que je ne fasse pas de liens ici) et regardez. Regardez-vous faire. Vous allez cherchez des thèmes soit que vous connaissez pour voir ce qu’Il en dit, ou que vous ne connaissez pas pour Découvrir. Vous allez visionner. La vidéo terminée, posez-vous la question suivante : « Qu’est-ce que j’en ai retenu ? » Posez-vous la même question le lendemain.

Prenons l’AT. Que peut-on transmettre en 2 ou 5 minutes ? Sans interactions possibles entre interviewé et internaute, sans mise à niveau pédagogique cohérent. Quelle valeur de l’AT véhiculons-nous à la réduire ainsi à une peau de chagrin ? Loin d’informer l’internaute, nous risquons de le déformer en lui donnant une fausse image de l’AT.

Au-delà de la santé financière de TVIllusions, à quoi contribuons-nous ? Nous risquons de conforter l’internaute dans l’idée qu’il suffit de s’installer devant son écran pour apprendre. Qu’il peut, grâce à un enseignement en kit, acquérir des savoirs nouveaux, inédits, gratuitement et sans le moindre petit effort.

Bref, pour ma part, rien ne me va : ni au niveau du contenu, ni du processus, ni du sens.

J’en profite pour souligner la différence (qui fait la différence) avec ce site. Ici, vous n’êtes pas invités à avaler tout tout cru, vous n’êtes pas passif. Vous faites l’effort intellectuel de la lecture (ou non). Vous êtes invités à réfléchir, vous pouvez interagir avec vos commentaires ou par mail, il y a de la théorie pure, pour laquelle je prends soin d’indiquer le niveau, de vous informer qu’il est possible d’aller beaucoup plus loin, il y a de la pratique, des réflexions partagées, du contenu qui se complète… Ah si, un point commun : la gratuité.

Être attentif au contrat en AT, c’est se Protéger. C’est se Permettre de dire oui. De dire non. C’est, vous l’aurez compris, développer sa Puissance.

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