Ce n’est sans doute pas par hasard si « Sex in human loving » est resté le dernier livre à traduire en français. Il avait la réputation d’être un livre « différent », de ceux qu’on met au bout de la pile, au fond de l’étagère. Cette édition est donc la bienvenue pour faire (re)découvrir la pensée d’Éric Berne dans ce domaine. Il ne s’agit pas en effet uniquement d’une traduction de « Sex in human loving » (Éditions d’Analyse Transactionnelle, 2010) mais d’une traduction doublée d’une édition commentée : gageons que nous aurons quelques excellentes surprises !

Pour en savoir plus sur leurs choix éditoriaux, voici quelques mots de présentation des auteurs Isabelle Harlé, Dominique Vaquié-Quazza et Yves Verdier, analystes transactionnels :

« L’objectif principal d’une édition critique non littéraire est d’apporter un éclairage scientifique au contenu d’un ouvrage ou d’une œuvre en établissant des liens entre différents moments de la réflexion de l’auteur et en soulignant des influences et des filiations.

Pour quels motifs avons-nous choisi de publier une édition critique de Amour, Sexe & Relations d’Éric Berne ?

  • Nous l’avons fait pour deux raisons : éviter des malentendus mais aussi redonner à ce livre la place qu’il mérite dans l’œuvre de Berne.
  • Nous avons, tout d’abord, voulu resituer cet ouvrage dans les différents contextes qui ont servi de toile de fond à son élaboration :
    • spécificité de sa conception à partir de conférences sur la sexualité,
    • contexte historique des USA de la fin des années soixante,
    • dernier livre de Berne, publié de son vivant.
  • Il nous a paru, en outre, nécessaire de recréer un maillage de la pensée de Berne au fil de l’ouvrage car sa réflexion, éclatée en différents chapitres, eux-mêmes issus des différentes conférences, souffrait d’un manque de liens explicites.
  • Notre intention de mettre ce livre en valeur a été motivée par le fait qu’il était méconnu et souvent mal jugé dans les milieux d’Analyse Transactionnelle alors que dans cet ouvrage, Berne illustre des concepts comme il ne l’a fait nulle part ailleurs.

Cette édition a été établie par un collectif, composé d’Isabelle Harlé, de Dominique Vaquié-Quazza et d’Yves Verdier. Elle comporte une préface, une note générale de traduction, une présentation des chapitres et des notes de bas de page. L’objectif global est d’accompagner le lecteur dans la découverte de cet ouvrage.

Éric Berne écrit cet ouvrage en 1970 en s’inspirant largement d’une série de conférences qu’il avait donné quatre années plus tôt. Il nous donne ainsi l’occasion de découvrir sa pensée sur la sexualité et les relations duelles et pas uniquement celles concernant les relations amoureuses.

Éric Berne met en œuvre deux logiques complémentaires : la première est d’utiliser l’humour pour parler des choses taboues, la seconde est de tenter de dire des choses nouvelles et stimulantes pour la réflexion (thought-provoking comme il l’explique lui-même en réponse à une question d’auditeur). Quarante ans plus tard, ces deux logiques restent très percutantes. À notre époque, revenue à une forme de relatif puritanisme, l’humour est bienvenu. Et malgré tout ce qui a été dit depuis sur la sexualité, le regard d’Éric Berne garde encore quelque chose d’original. Ni manuel de sexualité, ni traité sur l’amour, il aborde pourtant, avec son regard martien, à la fois les questions biologiques et physiques mais aussi et évidemment, les questions psychologiques et relationnelles. »

Et un témoignage des mêmes sur leur expérience :

« Au cours de la traduction, nous avons rencontré plusieurs types de difficultés.

Tout d’abord, Éric Berne bien que soucieux de nommer les choses telles qu’elles sont et d’encourager les lecteurs à parler réellement de sexe, reste attentif à ne pas heurter la sensibilité des lecteurs par des obscénités.  Il s’en explique dans l’introduction « parler de sexe ». Et quelques pages avant l’explication, il nous met face à un premier défi de traduction, en déformant quelques mots obscènes anglais pour permettre leur identification immédiate par le lecteur, sans pour autant les épeler fidèlement.  Il utilise par exemple cuff et cuffing, et il évoque la sonorité du « f » de telle sorte qu’il n’est pas toujours possible de les traduire par leurs équivalents français zaibe et zaiber.

D’autre part, Éric Berne joue avec la langue anglaise et ses sonorités, ses résonances et il fait parfois des concessions sur le sens d’un mot ou choisit un mot pour un de ses sens les plus rares, juste pour le plaisir de bâtir un rythme, presque une rime. Nous avons donc parfois trouvé l’acrobatie sémantique correspondante en français et nous avons parfois choisi de renoncer au jeu des sonorités pour assurer une meilleure compréhension pour le lecteur. Dans le droit fil de la recherche de sonorités, Éric Berne n’hésite pas à inventer tout simplement des mots (par exemple outcest, en écho à incest pour exprimer le rejet de l’enfant par le parent), afin de refléter une idée d’un trait vif au lieu l’une lourde circonvolution.

Enfin, au sein de ce texte à visée pédagogique, il glisse régulièrement des envolées lyriques imagées et , avouons-le, parfois nébuleuses et difficiles à traduire car parfois difficiles à comprendre. Il cherche peut-être (sans doute) ainsi à inviter le lecteur au lâché-prise dans la lecture, tout comme il l’invite au lâché-prise dans la sexualité (l’orgasme est quelque chose qu’on devrait laisser libre de survenir ou pas, sans s’en mêler).

Ces difficultés de traduction expliquent sans doute pourquoi les lecteurs français de la version anglaise sont si nombreux à en avoir une mauvaise opinion. Il est difficile à comprendre pour un non-anglophone, il parle d’un sujet qui interpelle les a priori et enregistrements Parentaux en chacun de nous, et il en parle de manière directe et martienne.  Nous espérons que cette traduction offrira à la communauté francophone l’occasion de s’en faire une opinion plus positive ».

 

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